Procès Krombach: retour chaotique sur une enquête décousue

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"La jeune fille était allongée dans son lit, on aurait dit qu'elle dormait". La mémoire des témoins, appelés à se remémorer la découverte du corps de Kalinka Bamberski, le 10 juillet 1982, est mise à rude épreuve par la cour d'assises de Paris.

L'enjeu est de taille: le père de Kalinka accuse les autorités allemandes d'avoir bâclé l'enquête sur le décès inexpliqué de l'adolescente de 14 ans, retrouvée morte chez elle, en Allemagne.

L'urgentiste Hilmar Jobst était arrivé le premier au domicile familial, dans la petite ville bavaroise de Lindau, pour constater la mort. Kalinka y vivait avec sa mère et son frère auprès de son beau-père médecin, Dieter Krombach, et des enfants de celui-ci.

Depuis mardi, Dieter Krombach est jugé pour le meurtre de Kalinka.

"La jeune fille était allongée dans son lit, on aurait dit qu'elle dormait", a raconté vendredi M. Jobst devant la cour.

Etait-elle habillée? Son corps était-il déjà rigide? Quels gestes a pratiqué l'urgentiste sur le cadavre? Qui lui a demandé de venir? Qui était présent dans la maison?

Face aux questions, sur des faits vieux de 29 ans, la mémoire du professionnel est défaillante. M. Jobst répète: "Je ne me souviens plus".

Quelques réponses viennent malgré tout. Les explications données par M. Krombach sur la journée ayant précédé le décès: "il disait que Kalinka avait été se baigner, qu'il y avait eu beaucoup de soleil", laissant entendre qu'il pouvait s'agir d'une insolation. Son comportement face au décès de sa belle-fille: "agité".

Au final, l'urgentiste cochera la case "non élucidé" sur le certificat de constat de décès. Un cas qui impose d'informer la police.

"A cette époque là, explique M. Jobst, Dieter Krombach est un médecin honorablement connu à Lindau et c'est pour ça que je lui ai laissé le soin de prévenir la police lui-même". Problème, Dieter Krombach n'en a rien fait.

C'est ce qu'avait affirmé jeudi devant la cour l'officier de police judiciaire allemand Klaus Gebath qui fut finalement mis au courant par l'hôpital. Lui-même attendra le lendemain de la mort pour interroger le beau-père de Kalinka. Par téléphone seulement et sans chercher à poser de questions au reste de la famille.

Dieter Krombach a livré une information nouvelle: avoir injecté à Kalinka, la veille de sa mort, à l'heure du dîner, une préparation à base de fer. Il dira d'abord qu'il s'agissait de l'aider à bronzer, puis qu'elle souffrait d'anémie.

Dans tous les cas, "on ne peut trouver aucune raison à de telles injections qui étaient très risquées", est venu dire à la barre le Dr Schonhofer, expert en pharmacologie chargé d'une expertise en 1985. Il affirme que plusieurs cas de décès consécutifs à des injections de cette nature ont été observés.

La mort de la jeune Kalinka peut-il s'expliquer ainsi?

Rien ne permet de l'affirmer. Lors de l'autopsie réalisée en Allemagne deux jours après le décès, aucune recherche d'intoxication médicamenteuse n'a été faite. Pas plus que la découverte de "traces rougeâtres" dans l'entrejambe, de "substances blanchâtres" dans le vagin et d'une déchirure sur la vulve n'ont donné lieu à des investigations approfondies.

"Peut-être que la cour a l'impression que j'ai fait une enquête bâclée", s'est défendu le policier Gebath, "mais je ne me sens pas fautif".

"Nous n'avions aucun indice d'une agression sexuelle ou de l'intervention d'un tiers" (...) Il n'y avait aucune raison de mettre M. Krombach en garde à vue et même aujourd'hui, je n'ai pas l'impression qu'il y en ait."

Le procès se poursuit la semaine prochaine.