Cimetières profanés à Strasbourg: six des huit skinheads incarcérés

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Six des huit jeunes skinheads mis en examen cette semaine à l'issue d'une longue enquête sur trois profanations de cimetières juifs et musulmans à Strasbourg l'an dernier ont été placés en détention provisoire, a annoncé vendredi le parquet.

Cinq d'entre eux ont été placés sous mandat de dépôt, et le sixième a demandé un délai supplémentaire avant sa comparution devant le juge de la détention. Il a donc été incarcéré dans l'attente. Les deux autres mis en examen - dont une jeune femme mineure au moment des faits - ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire, a précisé le procureur Patrick Poirret.

Un neuvième individu, soupçonné dans la même affaire, a été interpellé mardi dans le sud de la France où il se trouvait pour des raisons professionnelles. Il devrait être transféré samedi à Strasbourg en vue de sa mise en examen, a indiqué le magistrat lors d'une conférence de presse.

Les policiers strasbourgeois avaient interpellé mardi matin 15 personnes, soupçonnées d'avoir participé à trois profanations ayant suscité une vive émotion à Strasbourg l'an dernier, l'une concernant des tombes juives, les deux autres des tombes musulmanes.

Agées de 18 à 27 ans, ces neuf personnes sont poursuivies pour "dégradations volontaires en raison de l'appartenance à une religion et provocation à la haine raciale". Elles encourent cinq ans de prison. Deux ont reconnu les faits en garde à vue. Ils auraient agi sous l'emprise de l'alcool et de drogues dures, selon leurs déclarations aux enquêteurs.

Les éléments recueillis lors des gardes à vue ont par ailleurs permis de faire "grandement progresser" l'enquête sur une quatrième profanation, commise en juillet 2010 à Wolfisheim (banlieue de Strasbourg) contre des sépultures juives, a précisé le commissaire strasbourgeois Patrick Roussel.

Vendredi, le procureur Poirret et le préfet du Bas-Rhin Pierre-Etienne Bisch se sont rendus à l'hôtel de police à Strasbourg pour féliciter publiquement les membres de la cellule d'enquête spécialement créée l'an dernier pour élucider ces profanations. Cette équipe comptait cinq policiers à plein temps, plus une douzaine d'autres par intermittence.

Ils ont mené un "travail opiniâtre qui a conjugué méthodes traditionnelles et de renseignements" pour apprendre à connaître les arcanes du milieu skinhead, a indiqué le procureur. Le directeur départemental de la sécurité publique, Luc-Didier Mazoyer, a évoqué pour sa part des "filatures physiques et technologiques".

Les suspects, décrits comme "désoeuvrés pour la plupart", sont xénophobes mais sans afficher une "idéologie structurée. Ils sont paranoïaques, tout le monde leur en veut: la société, la police, les Maghrébins, les juifs", a résumé M. Roussel.

Le préfet a par ailleurs indiqué que, suite à un audit réalisé sur une quinzaine de cimetières, il allait prendre contact avec les collectivités pour "leur faire des suggestions sur la manière dont on pourrait rendre les cimetières plus résistants aux intrusions", tout en préservant leur caractère de "lieux de recueillement pour les familles".