L'évolution des musées nationaux vertement critiquée par la Cour des comptes

© 2011 AFP

— 

La Cour des comptes a publié mercredi un rapport très critique sur l'évolution des musées nationaux, qui ont bénéficié d'une aide importante de l'Etat au cours des dix dernières années mais n'ont pas su, selon elle, rajeunir et diversifier leurs publics.

Elle les appelle à réaliser des économies et des gains de productivité afin de se préparer à une "modération" des soutiens publics.

Elle leur conseille de "redéployer" une partie des moyens consacrés à la politique de l’offre culturelle (expositions, spectacles etc.) vers des actions "en direction des publics prioritaires", afin de "favoriser la diversification et la démocratisation de l'accès aux musées".

La Cour des comptes a passé au crible dix ans d'évolution des 37 musées nationaux dans un rapport de plus de 270 pages, incluant 70 pages de réponses argumentées du ministère de la Culture et des principaux musées épinglés par la Cour.

Premier constat de la Cour: "entre 2000 et 2010, les dépenses directes et les dépenses fiscales de l'Etat au bénéfice des musées nationaux ont augmenté deux fois plus vite que celles du ministère de la Culture et trois fois plus vite que celles du budget de l'Etat".

Les dépenses budgétaires de l'Etat sont passées de 334 millions d'euros en 2000 à 528 millions d'euros en 2010, soit une hausse de 58%. S'y ajoutent les avantages fiscaux liés au mécénat.

La décennie a été marquée par l'autonomie des grands musées, devenus établissements publics, qui a contribué à leur "dynamisme culturel" mais ne s’est "pas traduite par une moindre dépendance à l’égard des financements de l'Etat", relève la Cour.

La Cour pointe le coût des chantiers déjà programmés qui pèseront sur le budget du ministère de la Culture. Elle a recensé pour un milliard d'euros de projets à financer sur la période 2011-2017.

"Cette dynamique de dépense n’est plus soutenable au regard de la situation des comptes publics", considère la Cour des comptes.

"Au cours des prochaines années, les musées doivent impérativement engager la stratégie d'économie et de productivité qui a fait défaut jusqu'à présent", estime-t-elle.

Elle relève la hausse de 14% des effectifs totaux des musées nationaux en dix ans, passant de 6.559 à 7.460 emplois.

La Cour des comptes estime qu'avec l'autonomie des musées, le ministère de la Culture a vu son rôle "considérablement affaibli" et "a éprouvé les plus grandes difficultés à mettre en oeuvre des orientations nationales", notamment en matière de tarifs, les musées agissant en ordre dispersé.

Les investissements de l'Etat dans les musées nationaux se sont concentrés sur la capitale, "accentuant le déséquilibre Paris-province au lieu de contribuer à le réduire", selon la Cour.

Autre grand reproche: "la démocratisation de l'accès aux musées n’a pas progressé". La forte hausse de la fréquentation totale est due principalement aux étrangers et aux Parisiens, selon elle.

Les Sages de la rue Cambon estiment que l'objectif de rajeunissement des publics "n’a pas été atteint".

La gratuité accordée récemment aux jeunes de 18 à 25 ans et aux enseignants a été compensée budgétairement auprès des musées "sur la base de calculs erronés et d'estimations trop optimistes", selon la Cour. En 2009 et en 2010, l'Etat a versé 19,48 millions d'euros de trop sur un total de 41 millions d'euros, estime-t-elle.

La Cour recommande de mettre fin à cette mesure "trop générale" et de "redéployer les moyens qui lui sont consacrés à des actions plus ciblées en direction des publics éloignés de la culture".