Des parents végétaliens jugés aux assises après la mort de leur fillette

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La cour d'assises de la Somme a examiné mardi les conditions de vie d'un couple de végétaliens jugé jusqu'à vendredi pour "privation de soins ou d'aliments suivie de mort" après le décès, apparemment lié à son régime alimentaire, de leur fillette de 11 mois.

La fillette, Louise, est morte le 25 mars 2008 à leur domicile de Saint-Maulvis (Somme). Inquiets de l'affaiblissement de l'enfant, les parents, dont le régime végétalien proscrit tout aliment d'origine animale, avaient appelé les pompiers qui n'avaient pu que constater la mort de l'enfant.

La pâleur et la maigreur du bébé les avaient incités à alerter les gendarmes. La victime ne pesait que 5,7 kilos contre une moyenne de 8 kilos à cet âge. La fillette était exclusivement allaitée par sa mère, âgée de 37 ans à l'époque.

L'autopsie avait révélé une carence en vitamines A et B12 qui, selon les experts, accroît la sensibilité aux infections et serait "due à un déséquilibre alimentaire".

"Le problème de carence en vitamine B12 pourrait être en lien avec le régime alimentaire de la mère", selon Anne-Laure Sandretto, vice-procureur de la République à Amiens.

Les parents avaient adopté ce régime après avoir vu "une émission de télévision sur le transport du bétail aux abattoirs", a expliqué Me Stéphane Daquo, avocat de la mère.

Ces derniers ont par ailleurs une fille aujourd'hui âgée de 13 ans, Elodie, qui ne semblait pas souffrir des mêmes carences à l'époque des faits.

Très méfiant à l'égard de la médecine conventionnelle, le couple préférait soigner ses enfants par ses propres moyens, à l'aide de conseils puisés dans des livres.

"Lors de la visite médicale du neuvième mois, ils n'ont pas suivi l'avis du médecin qui leur conseillait d'hospitaliser le bébé atteint d'une bronchite et qui perdait du poids", selon Me Daquo. "Ils préféraient des recettes à base de cataplasme d'argile ou de choux puisées dans leurs lectures.

Mardi, la première journée du procès a porté essentiellement sur l'éducation de la grande soeur, Elodie.

Sergine et Joël Le Moaligou, qui avaient quitté la région parisienne pour une vie rurale et fait le choix d'une alimentation entièrement biologique, avaient décidé de déscolariser leur fille aînée pour l'instruire à la maison, parce qu'un jour, du pâté avait été donné aux élèves.

"On s'y est peut-être mal pris", a reconnu mardi la maman, l'allure frêle dans sa jupe indienne et son gros col roulé rouge.

Appelée à la barre, Evelyne, la belle-soeur de Sergine, exprime ses doutes. "J'ai rencontré Elodie quand elle n'avait pas 6 ans", raconte cette assistante éducative en préretraite. "J'ai vu une petite sauvageonne, pas socialisée avec les autres enfants. Je lui ai tendu une fraise qu'elle a refusée prétextant que sa mère ne voulait pas. Pour moi ça sentait la secte", dit-elle.

Toujours végétaliens, les parents "ont tout à fait conscience de l'erreur qu'ils ont commise", souligne Me Patrick Quenel, avocat du père.

Sergine et Joël Le Moaligou comparaissent libres devant la cour d'assises dont le verdict est attendu vendredi. Ils encourent 30 ans de réclusion.

Ils ont déjà effectué quatre mois de détention provisoire, avant d'être placés sous contrôle judiciaire. Joël Le Moaligou est à la recherche d'un emploi depuis la mise en liquidation judiciaire de son commerce de produits biologiques situé au Tréport (Seine-Maritime).