Affaire Kalinka: premier face à face entre Krombach et Bamberski aux assises

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Le procès de l'Allemand Dieter Krombach, accusé du meurtre de sa belle-fille Kalinka en 1982, a mis face à face mardi devant les assises de Paris un accusé "affaibli" et le père de la victime qui l'avait traqué pour qu'il soit jugé, André Bamberski, visiblement très ému.

A peine commencé, le procès est pourtant menacé d'un renvoi demandé par la défense. La question, âprement débattue tout au long de la journée, sera tranchée mercredi matin.

Arrivé dans le box appuyé sur une béquille, marchant avec difficulté, Dieter Krombach, 75 ans, n'a pas eu un regard pour André Bamberski, 73 ans, qui le poursuit depuis 29 ans et n'a pas hésité à le faire enlever pour qu'il comparaisse devant la justice française.

Entre les deux septuagénaires -ses deux ex-maris- la mère de Kalinka a pris place sur le banc des parties civiles après des années en retrait vis-à-vis du combat mené par le père de l'adolescente.

"Elle souhaite que Dieter Krombach soit jugé ici et maintenant. Depuis plusieurs mois, elle est chamboulée par de nombreuses questions auxquelles M. Krombach refuse de répondre", a expliqué à la cour Me Alexandre Parra-Bruguière, son avocat.

"Il s'exprimera si la justice s'exprime de manière très claire" sur les "lourdes irrégularités" qui entachent la procédure, a fait valoir Me Philippe Ohayon, l'un des conseils du médecin allemand qui demande le renvoi.

Pourquoi? "Parce que M. Krombach a été définitivement jugé en Allemagne et parce que s'il se trouve dans ce box aujourd'hui, c'est parce qu'il a été enlevé", a lancé à la cour Me Yves Levano.

A cause, notamment, de cette opération musclée, l'ancien médecin allemand est un homme "affaibli", a affirmé Me Ohayon.

Kalinka a été retrouvée morte dans son lit, au domicile de son beau-père où elle vivait avec sa mère, dans le sud de l'Allemagne, le 10 juillet 1982. Elle avait 14 ans, était en parfaite santé.

Plusieurs expertises médicales du corps de la victime ont fait apparaître des éléments troublants et mis en doute les explications de M. Krombach sur les heures ayant précédé le décès.

Mais la justice allemande a classé l'affaire en 1987.

Or pour la défense, la décision prise outre-Rhin n'est pas compatible avec un procès en France en vertu du principe "non bis idem" qui veut qu'on ne puisse juger une personne deux fois pour les mêmes faits.

Les avocats de M. Krombach demandent la saisine de la Cour de justice de l'Union Européenne afin de trancher ce conflit de compétence.

Les avocats d'André Bamberski considèrent que la règle "non bis in idem" ne s'applique pas car la décision allemande ne revêt pas l'autorité de la chose jugée et n'a pas valeur de jugement définitif.

"Le classement de la cour d'appel de Munich ne peut pas être considéré comme un acquittement car cette juridiction n'est pas compétente pour ça", a plaidé Me François Gibault.

A l'issue de l'audience, André Bamberski s'est agacé que les avocats de la défense se donnent "la possibilité de mentir, de diffamer, d'utiliser en toute impunité des arguments qu'ils savent être faux. Moi, j'ai juste le droit de me taire".

Visiblement ému à son arrivée au palais de justice, M. Bamberski ne connaît pas encore le répit: "L'aboutissement, ce sera quand le verdict sera prononcé".

Las d'attendre l'arrestation de Dieter Krombach, déjà condamné en France par contumace en 1995 à 15 ans de prison pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner" sur Kalinka, il avait fait enlever le médecin allemand en Allemagne le 17 octobre 2009.

Cet épisode rocambolesque avait permis l'organisation de ce nouveau procès.