Skinheads jugés à Reims : un crime raciste et homophobe pour la partie civile

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Au premier jour du procès à huis clos devant les assises des mineurs de la Marne de quatre skinheads soupçonnés d'avoir torturé et tué un homme de 21 ans, la partie civile a dénoncé mardi un crime "raciste et homophobe" et annoncé qu'elle demanderait une requalification des faits.

Les prévenus, âgés de 21 à 29 ans, dont deux étaient mineurs lors de l'agression, sont poursuivis pour assassinat précédé d'actes de torture et de barbarie. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Durant l'instruction en 2007, les quatre hommes avaient reconnu s'en être pris à la victime Alexis Frunin, un jeune homme en rupture familiale, "parce qu'il avait le teint basané et semblait efféminé", avait indiqué à la presse Madeleine Simoncello, procureur de Reims. Elle n'a cependant pas retenu la qualification de crime raciste et homophobe.

"On a sacrifié une partie de la vérité des faits au confort d'un procès où la dimension politique serait absente", a expliqué à l'AFP Me Emmanuel Ludot, l'avocat de la famille de la victime. Il a annoncé qu'il entendait demander à la cour d'assises la requalification des faits en "crime raciste et homophobe".

"Ce qui été a été déterminant dans le choix de la proie, la torture et l'assassinat, c'est uniquement la couleur de peau et l'allure efféminée", a poursuivi l'avocat.

Les accusés sont soupçonnés d'avoir frappé Alexis le 9 juin 2007, à coups de rangers et de lui avoir brûlé les parties génitales à l'aide d'une bombe de déodorant transformée en chalumeau avant de le conduire dans un parc en bordure de rivière, où il a été étranglé à l'aide d'une ceinture de pantalon et jeté à l'eau. Le corps avait été découvert par un témoin une semaine plus tard.

"Pour masquer les cris de douleur de la victime, ils passaient à fond des chants et du rap néo-nazi, notamment la chanson du groupe +Légion 88+ intitulée +Casser du bougnoule+", a souligné Me Emmanuel Ludot.

Du côté de la défense, on s'en tient à l'énoncé de l'ordonnance de renvoi dans laquelle les notions de racisme ou d'homophobie n'apparaissent pas.

"Les débats détermineront certainement la part de responsabilité de chacun, mais on peut imaginer qu'il y ait eu également des considérations personnelles et relationnelles entre la victime et les accusés", a expliqué Me Denis Decarme, avocat d'un des mineurs qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, après avoir été incarcéré pendant deux ans.

Une jeune femme de 26 ans, ex-compagne d'un des accusés, comparaît également pour non empêchement de crime. Elle avait croisé le groupe en ville le jour du meurtre mais était restée sourde aux appels de la victime.

Les deux premières journées du procès sont consacrées à l'audition des enquêteurs, puis la Cour s'intéressera à la personnalité des accusés avant d'examiner le fond de l'affaire à partir de vendredi.

Le verdict est attendu le 6 avril.