Affaire Kalinka : face-à-face entre le médecin allemand et son justicier

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La cour d'assises de Paris a commencé mardi le procès d'un médecin allemand accusé du meurtre de sa belle-fille Kalinka en 1982 et qui se retrouve face à la justice de par la volonté du père de la victime, qui l'a traqué pendant trois décennies et l'a fait enlever.

Arrivé dans le box appuyé sur une béquille, marchant avec difficulté, l'Allemand Dieter Krombach, 75 ans, n'a pas eu un regard pour le Français André Bamberski, 73 ans. Entre les deux septuagénaires -ses deux ex-maris-, la mère de Kalinka a pris place sur le banc réservé aux proches des victimes, après des années de retrait vis-à-vis du combat mené par le père de l'adolescente.

"Bien sûr, elle a des doutes, elle veut que Dieter Krombach s'explique", a confié Me Alexandre Parra-Bruguière, son avocat, avant de gagner la salle d'audience.

"Il s'exprimera si la justice s'exprime de manière très claire" sur les "lourdes irrégularités" qui, aux yeux de la défense, entachent la procédure, a fait valoir devant la presse Me Philippe Ohayon, l'un des avocats du médecin allemand.

Ses avocats sont décidés à tout faire pour que le procès n'ait pas lieu: dès l'ouverture de l'audience, ils ont plaidé sa nullité.

Pourquoi ? "Parce que M. Krombach a été définitivement jugé en Allemagne et parce que s'il se trouve dans ce box aujourd'hui, c'est parce qu'il a été enlevé", a lancé à la cour Me Yves Levano.

La cour se prononcera mercredi sur cette demande.

A cause notamment de ce rapt musclé organisé par André Bamberski en octobre 2009, l'ancien médecin allemand est un homme "affaibli", a affirmé aux journalistes Me Ohayon.

Las d'attendre l'arrestation de Dieter Krombach, déjà condamné en France par contumace en 1995 à 15 ans de prison pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner" sur Kalinka, M. Bamberski avait fini par prendre les choses en main.

Il avait fait enlever le médecin à son domicile de Scheidegg (Allemagne) par des hommes de main qui l'avaient abandonné, ligoté, non loin du palais de justice de Mulhouse, dans l'est de la France, entraînant son interpellation. Il devra à son tour, dans quelques mois, rendre compte à la justice pour ce geste aussi audacieux qu'illégal qui ponctue le combat de toute une vie.

Sa fille, Kalinka, avait été retrouvée morte dans son lit, au domicile de son beau-père où elle vivait avec sa mère, dans le sud de l'Allemagne, le 10 juillet 1982. Elle avait 14 ans et était en parfaite santé.

Plusieurs expertises médicales du corps de la victime ont fait apparaître des éléments troublants et mis en doute les explications de M. Krombach sur les heures ayant précédé le décès. Des années plus tard, les soupçons des proches de Kalinka seront renforcés par une condamnation pour viol du médecin.

Mais la justice allemande a classé l'affaire Kalinka en 1987, et le médecin a été disculpé.

Pour la défense, cette décision n'est pas compatible avec un procès en France en vertu du principe qui veut qu'on ne puisse juger une personne deux fois pour les mêmes faits.

"Ce procès ne peut pas avoir lieu, sauf à brûler tous les traités européens", affirme la défense qui demande la saisine de la cour de justice de l'Union Européenne afin de trancher ce conflit de compétence.

"La perspective d'être jugé est insupportable à M. Krombach, mais cette fois, il n'y coupera pas", a rétorqué devant la presse Me Laurent de Caunes, qui représente André Bamberski.

Manifestement très ému, tremblant à son arrivée au palais de justice de Paris, le père de Kalinka n'a pas souhaité faire de déclarations. C'est parce qu'"aujourd'hui se réalise quelque chose qu'il voulait depuis des années", a expliqué Me François Gibault, l'autre conseil d'André Bamberski.