Finkielkraut fustige « l’horrible parler banlieue »

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« J’ai traversé un moment de turbulence très désagréable. Je suis devenu le navrant pitre juif. » C’est ainsi qu’Alain Finkielkraut, philosophe et normalien, a ouvert avant-hier soir la conférence-débat organisée en son honneur à Paris par la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) sur le thème « Vivre ensemble en France ». Revenant sur les accusations dont il a fait l’objet après l’interview accordée au journal israélien Haaretz, et reprise dans Le Monde du 24 novembre, il nie avoir parlé de l’origine « ethnico- religieuse » des émeutes, et évoque sa « blague pas très fine » à propos de l’expression « black-black-black » utilisée pour désigner l’équipe de France de football. Brossant pendant plus d’une heure le portrait d’une France où l’incivilité et l’idéologie antiraciste sont reines, Alain Finkielkraut a dénoncé « le conformisme de l’échec scolaire » en vigueur dans les ZEP. « Il faut absolument recréer l’émulation républicaine » dans les banlieues, a-t-il estimé. D’après son analyse, « c’est la première fois que notre pays est confronté à une immigration haineuse ». Pour lui, « l’Europe est devenue une terre d’asile, sans y être préparée ». Interrogé sur le traitement médiatique des émeutes urbaines, il a répondu que « ce n’était pas tendre la main aux jeunes que d’en faire des héros. Au contraire. Ce qui les handicape, ce n’est pas leur couleur de peau, c’est leur arrogance, leur agressivité, et leur horrible “parler banlieue” », estime-t-il. Finkielkraut se désole que « notre humanisme ne se batte plus pour les écoles incendiées, mais pour les incendiaires de l’école ». Et de conclure : « C’est grave. » Longuement applaudi, le philosophe semble avoir ce soir-là remporté son pari : être réhabilité. Laure de Charette