Nouvel épisode de violences à Sevran, point névralgique du trafic de drogue

© 2011 AFP

— 

Des armes automatiques ont de nouveau retenti ces derniers jours à Sevran, en Seine-Saint-Denis, dans deux cités réputées être des plaques tournantes du trafic francilien de cannabis, où les habitants et les élus jugent que l'action policière seule ne suffit pas.

Samedi après-midi, deux personnes cagoulées ont tiré à l'arme automatique sur plusieurs appartements dans la Cité Basse sans faire de victime. Vendredi soir déjà, une personne avait été prise pour cible sans être touchée. Et lundi, deux hommes ont tiré sur une butte de terre.

En réaction, une cinquantaine de policiers ont mené une opération de contrôle des halls d'immeuble lundi soir. Depuis plusieurs jours également, un hélicoptère survole en soirée les deux cités concurrentes, Beaudottes et Cité Basse.

Des scènes similaires s'étaient déjà produites en juillet. Encore une fois, police et élus pointent le trafic de drogue.

"Ce sont des règlements de comptes entre trafiquants, des bandes rivales qui se disputent le territoire", estime Stéphane Blanchet, premier adjoint du maire Stéphane Gatignon (EELV).

Pour le préfet Christian Lambert, c'est "le travail de harcèlement" des policiers qui "gêne" les trafiquants. "Nous resterons sur place le temps qu’il faudra pour rétablir la tranquillité et permettre aux habitants de vivre en paix. Les dealers ne feront pas la loi dans ce département!", a-t-il redit dans un entretien au Parisien mardi.

Lors de l'installation du préfet il y a presqu'un an, Nicolas Sarkozy avait promis "une action en profondeur" contre les trafiquants à Sevran.

Mais selon Stéphane Gatignon, la population vit toujours "terrorisée", avec "la peur de la balle perdue".

Sophie, une mère de famille de 47 ans qui n'a pas voulu donner son nom, se sent "désarçonnée" après les violences du week-end. "C'est une grande tristesse. (...) Qu'est-ce qu'on peut faire devant un truc pareil? Il faudrait peut-être qu'on donne enfin les moyens aux villes en difficulté! Et que les hommes politiques tiennent enfin leurs promesses!", dit-elle.

"On peut toujours arrêter des gens, mais si on mettait les moyens au niveau de l'enseignement, ça changerait vraiment tout", juge-t-elle.

Pour elle, "on n'arrivera jamais à arrêter le trafic", car "des familles en dépendent pour vivre", et "comment vous voulez faire revenir dans le droit chemin des jeunes qui ont pris goût à l'argent facile?".

En face du centre commercial Beau Sevran, un jeune revendeur de cannabis accompagné de deux "confrères" toise les CRS patrouillant tout près, peste rituellement contre leurs contrôles d'identité incessants et lâche: "Tout ce bordel, c'est pas terrible pour le business. Maintenant y a des keufs partout".

Sevran, "officiellement c'est une ville pauvre avec beaucoup de chômage, mais je peux vous dire que souterrainement y a plein de trucs qui se passent! Et du fric!", confie-t-il. Lui affirme gagner environ 5.000 euros par mois en vendant du shit.

Stéphane Blanchet souligne qu'"à chaque fois qu'un trafic est démantelé, des remplaçants s'installent". "Des policiers interviennent tous les jours mais le trafic prospère et s'amplifie", déplore-t-il.

"La police ne peut pas répondre seule à une telle question de société", assure l'élu, appelant à ouvrir un débat national car "la prohibition ne marche pas".

Stéphane Gatignon se prononce en faveur de la dépénalisation et la légalisation du cannabis "pour casser les trafics", dans son livre "Pour en finir avec les dealers" qui doit sortir le 6 avril.

"Il faudrait que les 4 millions de consommateurs plus ou moins réguliers arrêtent de fumer pour assécher la demande", suggère encore le maire, qui prévient: "ça ne peut plus durer".