La richesse de la double culture

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Delphine (Française) et Hamdi (Tunisien), marié depuis trois ans : 

Avec Hamdi, on sait qu'on est différents. Donc il n'y a pas de problèmes : il fait le ramadan, je mange du porc sous ses yeux, et il s'en fiche ! A Noël, la première année, ça a été assez compliqué de le convaincre d'aller ouvrir ses cadeaux. Il ne voulait pas qu'on lui en offre, par pudeur. Mais aujourd'hui, il s'est adapté. Lui m'a expliqué comment je devais me comporter avec ma belle-famille : on ne doit pas s'embrasser en public ni utiliser des mots d'argot, ni boire ou fumer. Le jour de notre mariage en Tunisie, un an après celui en France, j'ai eu l'impression d'être une poupée isolée qu'on observait. Ils m'ont mis du henné sur les mains, ça a duré des heures. C'étais hallucinant, déroutant. Hamdi et moi, rien ne nous prédestinait à nous unir : je viens d'une famille bourgeoise et catholique du Vème arrondissement de Paris, lui d'une famille monoparentale de la vieille ville de Tunis. Mais on a dépassé les clivages de religion et de culture. Le plus important, c'est l'amour. Ce sont les autres qui voient le handicap de la différence. On élèvera nos enfants dans la double culture, parce que c'est une richesse.

Helen (Philippine) et Christian (Français), marié depuis sept ans, deux enfants :

La culture asiatique m'a beaucoup attiré chez Helen quand je l'ai rencontré aux Philippines : sa gentillesse, sa douceur, les petites attentions qu'elles me prodiguaient... Avant de se marier, on n'a jamais beaucoup parlé de nos différences. Depuis qu'on vit ensemble, j'ai dû m'habituer à manger du riz tous les jours, midi et soir, parce qu'Helen ne pouvait pas s'en passer. C'est comme nous avec le pain ! La nuit, on laisse toujours une lampe allumée pour éloigner les fantômes : ça fait partie des superstitions très tenaces aux Philippines. Helen dort dans la même pièce que les enfants, comme le veut la coutume de son pays. Au début, ça m'embêtait, et puis j'ai dû m'y faire ! Aujourd'hui, nos enfants parlent français et Tagalog. Quand ils étaient petits, ils ont passé six mois dans le pays de leur mère, ils avaient totalement oublié le français ! Les deux langues circulent à la maison. Et ma femme ne trouve que des avantages à la culture française : la facilité, l'autonomie dont elle dispose, le confort.

Katrin (Allemande) et Antoine (Français), en couple depuis quatre ans :

Quand on s'est rencontrés, c'est le côté macho d'Antoine qui m'a plu. Je me suis sentie plus femme à ses côtés. Quand il parle allemand, il a un accent adorable, mais comme je m'impatiente vite quand il bute sur les mots, on retourne vite au français. Et puis c'est une langue tellement romantique ! Notre bi-culture, c'est l'idéal pour nos futurs enfants : ils auront les points forts de nos deux pays. Par contre, j'ai parfois du mal à accepter ses remarques quand je sors seule avec des amis garçons : en Allemagne, les couples sont très libres et indépendants l'un de l'autre.

Recueilli par Laure de Charette