« J'attends une commission d'enquête parlementaire »

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Ces révélations vous étonnent-elles ?

Au cours de ma carrière, j'ai défendu des Algériens pendant la guerre d'Algérie, des Kanaks, des Kurdes... Beaucoup ont été soumis à des sévices inadmissibles durant leurs interrogatoires. Je ne suis donc pas du tout surpris. Au contraire, je m'étonne que l'on puisse encore douter de l'existence de tels procédés.

Slimane Rhamouni vous en avait-il parlé en 1995 ?

Je l'ai vu un mois après sa garde à vue. Il restait terrorisé par ce qui s'était passé. Il était physiquement marqué.

Il vous a dit avoir été torturé à l'électricité ?

Oui, et il m'a dit aussi qu'on avait proféré des menaces contre sa femme. Il en a reparlé à l'époque dès son premier interrogatoire devant le juge d'instruction

Et la justice n'aurait rien fait ?

Dans ce type d'affaires, la raison d'Etat l'emporte et la justice ferme les yeux.

Pourquoi n'avoir jamais porté plainte ?

Mon client a été condamné [en 1998 à sept ans de prison]. Il n'a pas voulu faire appel par peur de représailles sur sa famille. Il a purgé sa peine et aujourd'hui, il veut oublier.

Qu'attendez-vous de l'enquête de l'inspection générale de la police nationale ?

Rien, car la police des polices ne peut examiner correctement en interne de telles accusations. Il faut une enquête publique.

Que préconisez-vous ?

Une telle affaire doit aller devant la justice, avec un débat public présentant des éléments contradictoires. Il y a actuellement une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau. J'attends une commission d'enquête parlementaire sur ces faits-là.

Recueilli par BB