Torture : la Place Beauvau fait bloc

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Une institution sous le choc

Du ministre au policier de la rue, la Place Beauvau était hier « stupéfaite » devant les accusations de tortures portées contre la police antiterroriste de 1995

Un livre paru jeudi* relate les témoignages anonymes de cinq « ex-officiers de police judiciaire » sur des actes de torture – certains avec décharges électriques – que des policiers antiterroristes auraient commis contre des suspects des attentats de 1995

Hier, Nicolas Sarkozy s'est dit « stupéfait », reprenant l'expression de son directeur de cabinet, Claude Guéant, directeur général de la police nationale en 1995

« Soit les faits sont avérés et il y aura des sanctions, soit il s'agit de calomnie et je déposerai plainte », a indiqué le ministre de l'Intérieur, invitant « tous ceux qui étaient des responsables à l'époque [à prendre] la parole »

Une pique à celui qui occupait son poste en 1995, le président chiraquien de l'Assemblée, Jean-Louis Debré, qui n'a fait hier « aucun commentaire »

Du côté police, le scepticisme est aussi général

Le syndicat Alliance a refusé de « donner du crédit à des témoignages anonymes »

A Synergie, Stéphane Berthomet a travaillé pendant six ans dans l'antiterrorisme

Il nous a livré son sentiment hier : « Je suis arrivé en 1996, quelques mois après les prétendues tortures

En six ans, je n'en ai jamais entendu parler

La période était certes délicate, il fallait des résultats, mais si des policiers avaient torturé, tout le monde en interne aurait été au courant

Les suspects avaient été arrêtés avec des explosifs ou des éléments à charge et, par expérience, les islamistes parlent contrairement aux Basques ou aux Corses, donc pourquoi les torturer ? »

Bastien Bonnefous

* Place Beauvau, de Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens (Robert Laffont)

enquête L'inspection générale de la police nationale a auditionné hier 14 nouveaux policiers en poste à l'antiterrorisme en 1995, après 18 ce week-end. Tous auraient démenti la torture. Hier, Nicolas Sarkozy n'a pas exclu que l'IGPN entende les auteurs du livre scandale.