A Koungou, les jeunes Mahorais votent pour "un avenir" dans leur département

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"Pour nous, c'est important de voter, c'est notre avenir qui est en jeu". Oulidani Mahamoud, 21 ans, est venu avec d'autres jeunes Mahorais peser sur l'élection du conseiller de Koungou, qui les représentera au sein du tout nouveau département de Mayotte.

A l'issue de ces cantonales, l'île au lagon, bout de France dans l'Océan indien, accèdera au statut de département d'Outre-mer, aboutissement du combat des anciens pour s'ancrer définitivement à la République et surtout fuir les Comores.

Oulidani n'est pas peu fier d'avoir voté au référendum de 2009 sur la départementalisation mais, loin de la lutte symbolique de la génération précédente, il attend du concret: "Il faut un lycée à Koungou, on est la 2e capitale (après Mamoudzou, ndlr) et il n'y a qu'un collège! Il va falloir aussi construire de nouvelles maisons, il n'y en a pas assez".

Détenteur d'un bac pro de technicien du bâtiment, il espère pouvoir y contribuer.

Sous un soleil de plomb et une chaleur étouffante de fin de saison des pluies, les jeunes attendent leur tour, sous le préau de l'école de Koungou-Plage, qui fait office de bureau de vote.

Saïd Ali Souffou, 20 ans et tout juste sorti de 16 mois de stage de maçonnerie, plaide pour "plus de centres de formation" et il est venu donner sa voix "pas à un aveugle mais à quelqu'un qui pense à la jeunesse", dans un territoire où 54% de la population a moins de 20 ans et où le taux de chômage atteint les 26%.

Au bureau de vote ouvert depuis 8H00, les électeurs font preuve d'une patience inouïe, dans une queue qui stagne devant la table dévolue au contrôle des identités.

La récente révision de l'état civil à Mayotte a singulièrement compliqué la tâche... "Le problème, c'est le changement de noms, les nouveaux noms sont sur les listes électorales, les anciens sur les pièces d'identité, il faut donc vérifier par les dates de naissance", explique Rehema Matelot, la présidente du bureau, paré d'un élégant saluva (robe tubulaire typique, ndlr) assorti à une étole.

"Les morts sont sur la liste, ils n'ont pas été radiés, et on ne trouve pas les vivants", soupire Houmadi Comba, délégué du candidat du Parti radical, notant que les listes n'ont pas été établies "par ordre alphabétique".

Malgré cela, Mme Matelot ponctue ses recherches de cartes d'électeur par des "a voté" retentissants. A 11H00, un huitième environ des 712 inscrits s'était déplacé, une participation qui devait grimper en fin de journée, les gens étant "allés au champs ce matin", explique-t-elle. Dans l'archipel le taux était de 18% à la mi-journée.

Les élections locales sont d'ordinaire courues par les Mahorais, qui viennent voter même s'ils ne parlent pas le français comme les plus âgés : les émargements comportent des signatures, des noms en arabe et de simples croix pour les illettrés, qui ont à départager cinq candidats.

"Ici, le bureau est surnommé le bureau de la Californie, c'est le plus important de la commune (qui en compte 10 sur les 6 villages qu'elle regroupe, ndlr), celui qui le gagne remporte l'élection", conclut Saïd Ahamadi dit "Raos, candidat du Parti Social Mahorais.