Les cantonales, dernier rendez-vous avant 2012

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L'abstention a atteint un niveau record pour un premier tour des cantonales dimanche, plus d'un Français sur deux n'ayant pas voté pour ce dernier grand rendez-vous électoral avant la présidentielle et les législatives de 2012.

"Le taux définitif de participation à l'issue du dépouillement complet ne devrait pas dépasser 45%", soit "la plus faible participation enregistrée aux élections cantonales" avec une abstention de 55%, a annoncé le ministre de l'Intérieur Claude Guéant.

"Cette forte abstention semble montrer que la majorité de nos concitoyens ne perçoit pas suffisamment l'impact dans leur vie quotidienne de l'action de leurs conseillers généraux, qui pourtant gèrent des compétences très importantes", a-t-il regretté, lançant un appel à la mobilisation pour le second tour.

En 2004, lors des dernières élections concernant cette série de cantons, l'abstention avait atteint 36,09% au premier tour et 33,51% au second. En 2008, elle avait été de 35,12% au premier tour et de 44,53% au second. Le record d'abstention pour des cantonales avait été enregistré en 1988 avec 50,8% au premier tour et 52,9% au second.

Seules les élections européennes ont enregistré un taux d'abstention supérieur à celui de dimanche: 59,37% en 2009, après 57,24% en 2004.

Conséquence directe, le seuil de qualification pour le second tour sera de 28% des exprimés, la barre ayant été relevée pour ce scrutin de 10% des inscrits à 12,5%, souligne Frédéric Dabi, de l'Ifop. Ce seuil va considérablement réduire le nombre de triangulaires au second tour.

Claudy Lebreton (PS), le président de l'Assemblée des départements de France réélu dans son canton des Côtes-d'Armor avec 61,32% des voix, a aussi relevé qu'avec un tel niveau d'abstention, des candidats ayant obtenu la majorité absolue des exprimés ne seront pas pour autant élus, faute d'avoir totalisé 25% des inscrits. Autre danger, a-t-il estimé, la faible participation risque de favoriser les extrêmes.

Pour M. Dabi, cette faible participation est "une illustration de la crise du politique en France, qui exprime le désenchantement des électeurs". "On est dans un cycle d'abstention croissante" depuis les municipales de 2008 (38,95% et 37,84%), qui s'est accentué avec les européennes de 2009 puis les régionales de l'an dernier (53,6% et 48,8%).

Ce scrutin "n'a pas fait l'objet de la moindre campagne, avec aucun mot d'ordre national", a accusé M. Dabi. La droite a été très discrète et "les leaders socialistes se focalisés sur les primaires de leur parti", a-t-il poursuivi.

En revanche, Jean-Daniel Lévy de Harris-Interactive a interprété ce fort taux d'abstention comme "un message de mécontentement à l'égard du président de la République et de la politique" en général.

Autre facteur, les conseillers généraux qui seront élus peuvent apparaître "dévalués" puisque qu'ils ne le sont que pour trois ans, au lieu de six ans précédemment. Avec la récente réforme, ils seront remplacés en 2014 par les conseillers territoriaux qui siègeront également à la région.

Enfin c'est un scrutin "sec", qui n'a pas été couplé pour la première fois depuis 1994 à un autre scrutin.

Dans certains départements, la participation a reculé de 20 points ou plus par rapport à 2004. Ainsi, dans le département rural des Deux-Sèvres, 38,54% des électeurs s'étaient rendus aux urnes à 17H00 contre 62,60% en 2004.

En Seine-Saint-Denis, un des départements les plus peuplés du pays, 26,98% des inscrits avaient voté à 17H00, contre 40,84% en 2004.