Asnières et Gennevilliers cherchent à enrayer "l'engrenage" de la violence

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Une semaine après la mort d'un adolescent lors d'une rixe, les habitants de Gennevilliers et d'Asnières (Hauts-de-Seine) se mobilisent pour tenter d'enrayer "l'engrenage" de la violence qui a secoué les deux communes, au delà du couvre-feu pour les mineurs qui s'achève jeudi.

Samy, un Asniérois de 15 ans, est mort après avoir été poignardé au thorax dans la nuit du 12 au 13 mars, dans une rixe entre des jeunes de la cité du Luth, à Gennevilliers, et du quartier des Courtilles, à Asnières.

Son décès a été suivi d'agressions à l'arme blanche visant deux autres jeunes hommes, blessés l'un dimanche, l'autre mardi. Malgré l'appel au calme de la mère de Samy, la marche d'hommage au jeune homme organisée lundi a été perturbée.

Samedi, parents, responsables associatifs et habitants des deux communes se sont réunis pour la deuxième fois depuis le drame, à l'initiative du maire PS d'Asnières Sébastien Pietrasanta et du maire communiste de Gennevilliers, Jacques Bourgoin, qui souhaitent "des mesures concrètes, rapidement".

"Il s'agit de recréer du vivre-ensemble dans nos quartiers", martèle le maire d'Asnières, "de mettre en place des actions communes entre les jeunes des deux villes".

Ceux-ci sont séparés par un simple boulevard, encadré depuis le drame par un important dispositif policier et soumis depuis mercredi à un couvre-feu visant pour une semaine les mineurs non-accompagnés, afin d'éviter une escalade de la violence.

"Personne ne sait ce qui s'est passé, personne ne comprend", déplore Khafif Charni, 42 ans, proche de la famille de l'adolescent tué.

Ce quadragénaire, qui a grandi à Gennevilliers, "a vu le quartier se paupériser" au fil des ans. "C'est la misère sociale, le ghetto. Les jeunes sont stigmatisés, il faut leur donner la parole, les écouter!" insiste-t-il.

Beaucoup des participants pointent "la démission des parents" ou "la carence du système éducatif" mais ils sont aussi nombreux à évoquer un "problème plus large".

"Ce n'est pas un problème territorial mais sociétal, il faut redonner de l'espoir à toute notre jeunesse", résume le maire de Gennevilliers.

Discutant du drame qui a coûté la vie à un "petit", les "grands" d'Asnières, comme se surnomment les jeunes majeurs des quartiers, parlent de "l'effet de groupe", de "l'engrenage".

"Souvent, on veut régler nos problèmes nous-mêmes, on a peur d'être traités comme des suspects si on va voir la police", dit l'un.

Un autre, proche d'un des adolescents blessés à l'arme blanche, explique que celui-ci "n'avait au début qu'une idée en tête, se venger, mais on essaye de l'en dissuader et de lui dire qu'il faut calmer le jeu".

"Il y a toujours eu des joutes entre les quartiers, qui peuvent renaître d'un jour à l'autre, pour une fille, un mot de trop, un rien", analyse Bernard Cheveau, un prêtre de 67 ans impliqué dans la vie du quartier depuis les années 1960.

Aujourd'hui, il se dit "effrayé" par la dureté des mots parfois employés par les jeunes qu'il suit sur Facebook.

"La violence est liée au malaise des jeunes, c'est une façon d'exprimer son mal-être", considère un de ses jeunes protégés.

Samedi, les habitants d'Asnières et de Gennevilliers ont proposé de se "réapproprier l'espace public" en multipliant les actions communes aux deux villes.

"On a besoin de construire quelque chose ensemble mais ça prendra du temps de résoudre ces problématiques sociétales qui dépassent nos quartiers", a conclu M. Pietrasanta.