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Libye: La France dans l'une de ses plus grosses opérations militaires récentes

Avec plusieurs dizaines d'avions de chasse et des moyens maritimes considérables engagés, la France participe au-dessus de la Libye à l'une des plus importantes actions militaires de son histoire récente.

Avec plusieurs dizaines d'avions de chasse et des moyens maritimes considérables engagés, la France participe au-dessus de la Libye à l'une des plus importantes actions militaires de son histoire récente.

Mais, contrairement aux opérations dans lesquelles elle a été engagée ces dernières années, son engagement est, dans un premier temps, essentiellement technique, en l'absence de troupes au sol.

"Il n'y aura pas de débarquement au sol, il n'y aura pas d'intervention terrestre", a martelé samedi soir Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, ce qui écarte le spectre d'une opération de type Afghanistan, où plusieurs milliers de soldats français --4.000 actuellement-- sont déployés.

Paris mobilise cette fois le fleuron de ses capacités technologiques et affiche sa volonté d'être au premier rang de l'opération internationale.

Une vingtaine de Rafale et de Mirage 2000 sont entrés en action dès les premières heures de l'opération, deux frégates sont sur zone, et le porte-avions Charles de Gaulle avec ses 2.000 marins devait appareiller dimanche à la mi-journée pour être au large de la Libye d'ici 36 à 48H.

Samedi, la France a même pris pendant quelques heures le leadership de l'opération sous l'égide de l'Onu. Premiers à intervenir, les avions français ont procédé aux premières frappes contre les blindés des forces pro-Kadhafi.

Mais dès samedi soir, les Etats-Unis sont passés à l'offensive avec des frappes de missiles de croisières Tomahawks depuis les bâtiments américains au large de la Libye, ainsi que la Grande-Bretagne avec les premiers raids de Tornado.

Les attaques aériennes françaises, américaines et britanniques sont d'ailleurs "coordonnées" à partir d'un quartier-général américain basé à Stuttgart en Allemagne et le rôle de l'Otan n'a pas été clarifié.

Dans sa première phase, l'opération sur la Libye n'est en rien comparable avec les précédents engagements internationaux de la France.

Durant la guerre du Golfe, en janvier/février 1991, la division française Daguet avait déployé au Koweït quelque 9.000 hommes sur le terrain.

Et en Afghanistan la France est engagée lourdement depuis dix ans et subit des pertes conséquentes, avec 55 morts depuis le début des opérations.

En martelant qu'il n'y aura pas d'intervention terrestre, les politiques tentent de rassurer contre un possible enlisement en Libye.

"Si c'est pour une opération ponctuelle, rapide, c'est possible. Mais si on s'installe dans le temps, il faut un soutien au sol", souligne un expert des questions de Défense.

En bombardant les blindés libyens pour stopper les forces de Kadhafi, les forces françaises et des autres pays de la coalition appuient les insurgés dans la région de Benghazi. Or, selon les spécialistes, ce type d'opération nécessite généralement un appui au sol de forces infiltrées pour guider les avions.

"On peut faire ça sans unités au sol, mais c'est mieux si on en a. Surtout que l'une des préoccupations de la coalition va être d'éviter les dommages collatéraux", souligne Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement.

Par ailleurs, les chefs d'état-major de l'armée française mettent régulièrement en garde contre les "fortes contraintes" budgétaires auxquelles sont soumises les armées. Avec l'opération en Libye, "on racle les fonds de tiroir", affirme un ancien chef des services de renseignement français.