Polémique entre Paris et Bruxelles sur les centrales nucléaires

© 2011 AFP

— 

Le commissaire européen à l'Energie, Günther Oettinger, a provoqué une polémique avec Paris jeudi en affirmant que les réacteurs nucléaires européens ne sont pas tous à la hauteur des normes de sécurité les plus sévères, avant une réunion de l'UE sur le sujet lundi.

Dans la foulée de l'accident nucléaire au Japon, l'Union européenne a annoncé cette semaine l'organisation à venir de "tests de résistance" sur les 143 réacteurs nucléaires européens pour vérifier que les sites peuvent supporter des inondations, des coupures de courant majeures, des tremblements de terre, des tsunamis et des attentats.

"Je pense que le test de résistance que nous voulons mener sur tous les réacteurs nucléaires montrera qu'ils ne satisfont pas tous aux plus hautes normes de sécurité", a déclaré Günther Oettinger dans un entretien diffusé jeudi sur la chaîne franco-allemande Arte.

En Allemagne, les autorités viennent de décider d'arrêter pour un trimestre sept réacteurs, a rappelé M. Oettinger. Les tests de résistance montreront que "l'un ou l'autre des 143 réacteurs (de l'UE) aura du mal à satisfaire aux plus hautes normes".

M. Oettinger n'a pas précisé à quels réacteurs il pensait.

Mais ses déclarations ont "surpris et choqué" le ministre français de l'Energie, Eric Besson, dont le pays compte le plus grand parc nucléaire d'Europe, avec 58 réacteurs en exploitation, générant plus de 75% de l'électricité du pays.

"Je suis surpris et choqué par ces déclarations qui sont de nature à inquiéter nos concitoyens et à jeter le discrédit sur une industrie", a réagi Eric Besson, dans une déclaration écrite à l'AFP.

"Affirmer sans preuves que certains réacteurs ne passeront pas les tests de sécurité, au moment même où l'on prétend les organiser est pour le moins surprenant", a-t-il ajouté.

"Le commissaire Oettinger devra s'expliquer sur ces déclarations lors du conseil extraordinaire des ministres de l'Energie" prévu lundi prochain à Bruxelles, a prévenu Eric Besson.

Les ministres européens de l'Energie devraient en particulier se pencher sur l'organisation des tests de sécurité, en commençant à définir les critères commun qui seront retenus.

Ces tests se dérouleront au deuxième semestre.

M. Oettinger fait des déclarations particulièrement catastrophistes depuis le début de la crise nucléaire au Japon. Il a parlé cette semaine d'"apocalypse" à propos de la situation dans la centrale japonaise de Fukushima, où les accidents se multiplient et estimé que les autorités locales avaient perdu le contrôle de cette installation.

Dans son pays l'Allemagne, M. Oettinger fait également l'objet de critiques de la part d'économistes qui lui reprochent d'avoir paniqué les marchés mercredi par ces propos alarmistes.

Hans Redeker, stratège en devises de la banque BNP Paribas, a déclaré à l'édition en ligne du quotidien allemand Handelsblatt que les déclarations du commissaire étaient directement responsables "de 80% des mouvements de cours" mercredi.

"C'est extrêmement dangereux quand des personnalités se joignent à la dramatisation populiste des médias pour leur donner du poids", a commenté l'économiste Klaus Zimmermann, ancien président de l'institut allemand DIW.

L'accident japonais a relancé en Europe le débat sur l'avenir du nucléaire civil, au moment même où le secteur semblait avoir de nouveau le vent en poupe après avoir traversé une crise de défiance dans l'opinion publique suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986.