« J’en suis revenu plus sage, mais déboussolé »

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29 ans, pèlerin régulier à La Mecque, auteur de Comment se concentrer dans la prière (Ed. Les Jumeaux). Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser ce pèlerinage ? J’avais déjà visité les lieux saints, alors je voulais vivre à La Mecque une expérience spirituelle profonde. Comme je vivais ma foi de manière très personnelle, privée, sans idée religieuse poussée, j’ai choisi de partir en indépendant, avec trois amis intimes, loin des agences de voyages autoproclamées et des associations profiteuses. Avez-vous été déçu ou surpris, une fois sur place ? Déçu, absolument pas. J’étais noyé au milieu de ces musulmans venus de tous les continents. Parfois, pendant certaines prières, le silence était limite gênant. J’avais l’impression d’être déconnecté. Mais certains jeunes musulmans français de 18-25 ans se comportaient mal, surtout lors du petit pèlerinage de l’Oumra. Ils étaient bruyants, peu concentrés lors des prières. Ils ne sont pas méchants, mais immatures. Ils partent par effet de mode. Je me demande qui prend la responsabilité de les emmener sans préparation religieuse. Les parents doivent payer le voyage, pensant que ça leur ferait du bien. Vous êtes-vous senti parfois en insécurité ? La Mecque a un côté très vieux souk, avec pleins d’hôtels vieillots et fissurés. Dans les petites chambres pour pèlerin qu’on loue, on cuisine sur des réchauds. Pas étonnant qu’il y ait des accidents. Quant aux mouvements de foule, on ne peut pas y échapper. On se fait vite piétiner. Le pèlerinage a-t-il modifié votre foi ? J’en suis revenu plus sage, plus éclairé, mais assez déboussolé et perdu. Le matérialisme et l’égoïsme ambiants m’ont décidé à témoigner et à écrire un livre. Mais je regrette de ne pas retrouver la même ferveur dans les mosquées. Recueilli par Laure de Charette