2012: Fillon évoque ouvertement le risque d'un 21-avril pour la droite

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Alors que les sondages sont toujours plus calamiteux pour Nicolas Sarkozy, en difficulté face à la poussée de Marine Le Pen, François Fillon a évoqué à voix haute le risque d'une droite absente du second tour de la présidentielle de 2012.

L'évocation d'un tel scénario par le Premier ministre en personne, dans un entretien au quotidien Le Maine Libre de mercredi, a été balayée par le patron de l'UMP, Jean-François Copé, qui a clamé la nécessité de demeurer "positif".

Si François Fillon avait déjà, en tout début d'année, mis en garde contre une possible percée de l’extrême droite, il est cette fois allé plus loin.

"Le plus grand danger pour la majorité, c'est la division. Imaginez qu'il y ait plusieurs candidats crédibles de la droite et du centre. C'est prendre le risque que la droite ne soit pas au second tour", a-t-il dit au Maine Libre.

Même s'il a ajouté ne pas croire à "une telle division", M. Fillon s'est fait l'écho des derniers sondages plaçant Nicolas Sarkozy en position très délicate dès le 1er tour, face à la montée en puissance de Marine Le Pen.

Selon un sondage Ipsos pour Le Monde et Europe 1 publié mercredi, le chef de l'Etat ne recueillerait que 18% des suffrages, derrière le socialiste Dominique Strauss-Kahn (33%) et la présidente du FN (19%).

Il s'agit du troisième sondage à donner Nicolas Sarkozy éliminé au 1er tour.

Le 7 mars, un sondage Harris Interactive/Le Parisien plaçait Marine Le Pen en tête avec 24% devant DSK (23%) et Nicolas Sarkozy (21%). Dans un autre sondage CSA pour La Dépêche du Midi publié le 12 mars, le directeur général du FMI devançait Marine Le Pen avec 30% contre 21%, le président obtenant 19%.

Dans le même temps, 7 Français sur 10 estiment "probable" la répétition de ce qui s'était passé le 21 avril 2002 (Lionel Jospin éliminé au premier tour face à Jean-Marie Le Pen) avec Marine Le Pen (FN) au second tour face au candidat socialiste ou à celui de l'UMP (baromètre Viavoice pour Libération).

"Depuis les régionales (mars 2010), on voit une érosion chez le coeur de cible de Nicolas Sarkozy. Il est attaqué y compris sur son socle électoral", déclare à l'AFP Frédéric Dabi, d'Ipsos.

"A ce jour, il y a beaucoup d'indicateurs d'opinion qui sont au rouge et pas beaucoup d'éléments de rebond", ajoute-t-il.

Au Maine Libre, François Fillon a réaffirmé que Nicolas Sarkozy restait le mieux à même de représenter la droite en 2012.

"Il y a des constantes, des règles de la vie politique qui font que le président de la République sortant est, par définition, le meilleur candidat de sa famille politique", a-t-il plaidé.

Malgré ce rappel, Jean-François Copé a critiqué les propos du Premier ministre. "Notre objectif n'est pas de faire de la politique fiction (...) mais de travailler ensemble, rassemblés autour du président de la République", a objecté le secrétaire général de l'UMP.

Plus direct encore, un élu copéiste a jugé la mise en garde de M. Fillon "totalement absurde à quatre jours du premier tour" des cantonales.

"C'est une erreur de jouer l'optimisme à tout crin. Il faut être conscient que ce risque existe", a rétorqué un député filloniste.

Reste un tabou parmi les élus de droite: celui d'une candidature autre que celle de Nicolas Sarkozy pour l'UMP.

Or, dans une enquête BVA à paraître jeudi dans le Nouvel Observateur, une très nette majorité de Français disent lui préférer François Fillon ou Alain Juppé. Et parmi les sympathisants de droite, ils sont désormais une majorité à pencher pour une candidature Fillon (53%) plutôt que Sarkozy (47%).