Procès de Sami Naceri: "c'est loin d'être un film, Monsieur"

© 2011 AFP

— 

"C'est loin d'être un film, Monsieur"... La présidente du tribunal a eu beau tenter de raisonner mardi Samy Naceri, jugé pour une agression au couteau, l'enfant terrible du cinéma français s'est débattu avec véhémence pour tenter d'échapper à une nouvelle condamnation.

"Je reconnais les violences envers" la victime, "mais tout ce qui est menaces de mort et agressions téléphoniques, je ne reconnais pas, c'est un coup monté", a déclaré l'acteur de 49 ans, refusant de s'excuser auprès de la victime.

Les faits remontent au 8 janvier 2009. Le comédien vivait mal sa séparation avec son ancienne petite amie, Fazae. Elle affirme qu'il la harcelait au téléphone, la menaçant de mort et de viol.

Epuisée, elle aurait demandé à un ami, Nadal, de se faire passer pour son compagnon afin d'éloigner l'acteur.

Le jour dit, Nadal appelle Samy Naceri pour exiger qu'il cesse d'importuner la jeune femme. Lors d'un entretien houleux dans une rue du VIIIe arrondissement parisien, Samy Naceri lui porte brusquement un coup de couteau à la gorge, l'entaillant sur seize centimètres et générant 15 jours d'incapacité totale de travail.

Mardi, l'acteur a mis cet épisode sur le compte de la jalousie. Toujours attaché à Fazae, "j'avais envie de la revoir" mais "elle me dit qu'elle est encore avec ce boxeur de Vitry, alors qu'il ne lui arrive pas à la cheville! J'étais tellement jaloux, tellement frustré! (...) C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase."

Nadal, a-t-il encore raconté, "m'a appelé, m'a dit: +je vais te chercher.+ (...) Il a fait l'homme. J'ai fait pareil. C'est un truc d'hommes à deux francs, pour une fille."

Le comédien affirme s'être seulement défendu. "Il a sorti quelque chose en fer de sa poche (...) qui m'a semblé être un pistolet". Naceri aurait alors dégainé le couteau qu'il avait dans la poche pour un rôle de gitan dans un court-métrage.

Un scénario démonté par le procureur Abdel Mahi, pour qui "il n'y a pas eu de légitime défense. Il n'y a pas eu de riposte. La version du prévenu n'est étayée par aucun élément objectif."

Alors qu'habituellement le tribunal peine à entendre le murmure des prévenus impressionnés, les choses en allaient tout autrement mardi.

"Parlez, mais calmement...", chuchote la présidente Nathalie Dutartre au comédien qui gesticule à la barre, élève la voix, mime ses appels téléphoniques avec son portable qu'il garde à la main, tutoie les avocats de la partie adverse qu'il prend à parti.

"Je m'énerve un petit peu là, mais je passe pour une pourriture aux yeux de tout le monde, de toute la production!", s'est débattu le comédien, les larmes aux yeux. "Je suis black-listé partout à cause de cette histoire", et seuls "deux-trois réalisateurs me font confiance"...

Samy Naceri, qui selon la présidente a déjà 13 condamnations à son actif, sent bien que ce procès est essentiel. "La prison ferme viendrait interrompre la dynamique" de reconstruction du quadragénaire, a d'ailleurs prévenu le juge d'application des peines (JAP) qui suit l'ancien détenu.

Compréhensif, le procureur a requis une peine "aménageable" de cinq ans de prison dont trois avec sursis. Si Samy Naceri était condamné à une telle peine, il pourrait ne pas être réincarcéré.

"Aujourd'hui, je me relève", a-t-il plaidé. "Ca fait deux ans et demi que je n'ai pas pris une gramme d'alcool, un gramme de drogue. (...) Je suis en pleine reconstruction. Je vais travailler avec Arcady, je vais travailler avec Lelouch, je vais écrire un livre. Deux ans et demi de galère, j'ai payé ce que je devais payer. Laissez-moi profiter des années qui me restent."

Délibéré le 28 avril.