Dix ans après sa mort, Mitterrand continue de faire l’Histoire

© 20 minutes

— 

Le 8 janvier 1996, huit mois après avoir quitté l’Elysée, François Mitterrand meurt d’un cancer à Paris. Il est âgé de 79 ans. Dimanche, dix ans jour pour jour après son décès, ses admirateurs organisent de nombreuses cérémonies. A leur manière, les Français lui ont aussi rendu hommage, en le désignant « meilleur président de la Ve république », dans un sondage CSA-Libération publié lundi. De quoi créditent-ils François Mitterrand ? « Ce qui reste dans les mémoires, c’est qu’il a permis à la gauche d’accéder au pouvoir », estime Stéphane Rozes, directeur de CSA Opinion. Professeur à Sciences-Po, Alain-Gérard Slama analyse la « tontonmania » dans la revue L’Histoire (avril 2001). Pour le politologue, Mitterrand puise sa popularité à deux sources. D’abord, cet homme de culture a séduit les intellectuels « pour s’en servir de relais avec les cercles qui font l’opinion ». Autre clé, « l’identification des Français à leur président. Qui aura été plus français, dans l’acception traditionnelle, charnelle, humaine, que Mitterrand ? », s’interroge Alain-Gérard Slama. Au-delà de l’aspect affectif, reste à mesurer le bilan de son action entre 1981 à 1995. François Mitterrand a modifié Paris avec la pyramide du Louvre, la Cité des sciences, ou la Grande Arche. Sur le plan social, il a abaissé l’âge de la retraite à 60 ans, la durée de travail à 39 heures, créé la cinquième semaine de congés payés et le RMI. Il a aboli la peine de mort, offert à la presse une plus grande liberté. Et bâtit l’Europe. En matière économique, son bilan est souvent réduit à celui de l’emploi. En quinze ans, le nombre de chômeurs a bondi de 1 492 000 à 3 117 000. L’économiste Jacques Marseille révèle une réalité moins connue : « Il est difficile dans l’histoire de France de trouver une période plus favorable à l’argent » qu’entre 1980 et 1995. Durant ces années, le cours des actions françaises a été multiplié par sept. Dans le même temps, le salaire ouvrier a gagné 5 %, contre 62 % de hausse les quinze années précédentes. Sous Mitterrand, l’inflation a pourtant chuté, tandis que la balance commerciale et celle des paiements, déficitaires en 1980, sont redevenues largement excédentaires. Jacques Marseille ironise même sur un « tournant libéral ». En deux septennats, les entreprises ont en effet gagné ce qu’elles réclamaient depuis longtemps : la liberté des changes, la liberté des prix, la fin de l’autorisation administrative de licenciement. Et dire qu’en 1981, le candidat Mitterrand promettait de « rompre avec le capitalisme ». Stéphane Colineau Lire aussi l’interview de Jacques Attali en page Arguments.