«Nous ne disposons parfois que du nom du fugitif»

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Commissaire principal de l’Office central chargé des personnes recherchées ou en fuite (OCPRE). A quel besoin répond la création, fin 2003, de l’OCPRE ? L’OCPRE est le premier service central chargé exclusivement de recenser et de mener de longues enquêtes sur les fugitifs. Jusque-là, chaque service territorial de police s’occupait de ses propres fugitifs. Souvent de manière ponctuelle, une affaire chassant l’autre. Quels fugitifs sont d’abord recherchés par l’OCPRE ? Nous avons fixé trois priorités. Il y a les 400 condamnés à 15 ans de prison ou plus. Puis les membres du grand banditisme, condamnés ou pas. Ils sont plusieurs centaines. Enfin la soixantaine d’évadés dangereux ou capables de gagner l’étranger. Combien d’interpellations avez-vous réalisées en 2005 ? Soixante-deux. Un tiers de Français retrouvés en France. Un tiers de Français retrouvés à l’étranger. Souvent en Espagne, au Portugal ou en Amérique centrale. Un tiers enfin de condamnés à l’étranger réfugiés en France. En quoi les affaires anciennes peuvent-elles être difficiles ? Parfois, on ne dispose que du nom du fugitif. Pas même de sa photographie, encore moins de traces ADN. Comment se comportent des fugitifs interpellés dix ou quinze ans après leurs crimes ? Cela dépend souvent de ce qu’ils encourent. Un meurtrier sait qu’il risque gros, alors qu’un complice de vol à main armée peut espérer une condamnation légère si les faits sont anciens et qu’il est réinséré. Une femme interpellée à Montpellier nous a juste dit : « Pourquoi maintenant ? » Il y a aussi des fugitifs qui essaient de nous échapper car ils ont continué leurs activités criminelles. Pour d’autres, il y a du soulagement. Etre fugitif, c’est avoir une épée de Damoclès au-dessus de soi. Recueilli par Stéphane Colineau

loi Avant 2004, aucun cadre juridique ne permettait d’enquêter pour retrouver des fugitifs condamnés. La loi Perben 2 autorise désormais les perquisitions, les écoutes ou les auditions menées notamment par les trente-cinq enquêteurs de l’OCPRE.