Outreau: le couple Lavier en garde à vue pour des maltraitances présumées

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Dix ans après le déclenchement de l'affaire d'Outreau, deux des acquittés, Franck et Sandrine Lavier, ont été placés en garde à vue mardi à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) pour des maltraitances présumées sans caractère sexuel sur leurs enfants.

Les époux Lavier, tous deux âgés de 33 ans, ont été placés en garde à vue mardi à 11H00 au commissariat central de Boulogne pour être auditionnés sur les déclarations de deux de leurs enfants qui les accusent de maltraitance.

"Les deux enfants ont été placés la semaine dernière à la suite d'un signalement pour maltraitance", a indiqué une source judiciaire, confirmant des informations de France Soir et de la Semaine du Boulonnais. Les maltraitances sont "uniquement physiques" et non sexuelles, selon des sources judiciaires et policières.

Franck et Sandrine Lavier se sont présentés volontairement au commissariat de Boulogne dans l'espoir d'obtenir des informations sur les raisons du placement de leurs enfants, a précisé le parquet général de Douai.

Le couple, sans emploi ni qualification, vit à Boulogne-sur-Mer avec quatre de leurs cinq enfants âgés de 1 à 18 ans. Il n'a toujours pas récupéré la garde d'une de ses filles adolescentes, placée en 2001. Franck Lavier n'est pas le père biologique des deux aînées.

Après trois ans de détention provisoire, Franck Lavier avait été condamné en juillet 2004 à six ans de prison par la cour d'assises du Pas-de-Calais à Saint-Omer pour viol de sa belle-fille et agressions sexuelles sur quatre enfants. Il avait été acquitté en appel en décembre 2005.

Sandrine Lavier avait également effectué trois ans de détention provisoire avant sa condamnation en première instance à trois ans de prison avec sursis pour corruption de trois mineurs. Elle aussi avait été acquittée en appel.

"On a avancé mais on traîne toujours un fantôme derrière nous, confiait récemment Franck Lavier à l'AFP. Trois ans de prison, c'est rien, c'est l'accusation qui détruit".

Le couple Lavier est le seul à avoir résisté à l'épreuve de l'instruction, de la détention et des procès. "Ca tient sans doute au fait qu'on vive simplement. Si on doit se quitter, ce sera à nous de décider, pas aux autres", affirmait Franck Lavier lors de cet entretien.

Allocataires du RSA, les Lavier ont vécu pendant plusieurs années grâce aux importantes indemnités accordées par l'Etat aux acquittés d'Outreau. "Quand on est sorti, on n'avait plus de meubles, plus rien. On a recommencé à zéro", racontait-il.

L'affaire d'Outreau a éclaté le 22 février 2001 lorsque, à la suite de signalements des services sociaux, le parquet de Boulogne-sur-Mer ouvrait l'information judiciaire qui, au fil des mois, aboutissait à la mise en cause de 18 personnes pour leur participation supposée à des orgies pédophiles.

Les accusations étaient propagées par les enfants et surtout par Myriam Delay, qui sera finalement condamnée à 15 ans de réclusion criminelle - 20 pour son mari Thierry - pour viols d'enfants.

En dehors de quatre accusés - les Delay et un couple voisin de palier -, tous les mis en cause furent acquittés en première instance en 2004 ou en appel en 2005 à Paris. Un dix-huitième impliqué, François Mourmand, est décédé en prison en 2002 à la suite d'une intoxication médicamenteuse.