Annie Girardot: se souvenir des belles choses...

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Annie Girardot, décédée lundi à 79 ans des suites de la maladie d'Alzheimer, incarnait non pas une star, mais "l'anti-vamp" qui rassurait Madame Tout-le-monde et à laquelle le public pouvait s'identifier.

"Vous n'êtes pas venus voir une vamp, belle, irréelle mais une femme tout simplement", écrivait-elle dans son livre "Vivre d'aimer" qu'elle publia en 1999 à la mort de sa mère. "J'ai toujours fait mon marché, mes courses, mon ménage. Je n'ai jamais été une star veloutée", ajoutait-elle.

Petite coupe de cheveux à la garçonne, oeil noisette pétillant, son visage harmonieux et sa voix grave se sont imposés aux côtés des plus grands acteurs français: les Delon, De Funès, Noiret ou Piccoli.

En 2002, peu avant les premières atteintes de la maladie, elle racontait prendre encore le métro. "Dans la rue, les gens m'appellent Annie. Ils me demandent des autographes, on taille une bavette ensemble", disait-elle avec sa gouaille habituelle.

D'une beauté sobre, elle incarna d'abord la femme trompée aux côtés d'Yves Montand dans "Vivre pour vivre" de Claude Lelouch, qui sort en 1967.

Actrice instinctive, elle enchaîne les rôles de toutes sortes tournant pas moins de quatre films en 1969, convaincante tout autant dans les comédies que les mélodrames.

Avec le très populaire "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais... elle cause" de Michel Audiard, qui sera suivi de "Elle cause pas ... elle flingue" du même Audiard, elle connaît un immense succès. Le succès est également au rendez-vous avec "Mourir d'aimer" (1971) d'André Cayatte, calqué sur l'affaire Gabrielle Russier.

Elle est alors cette jeune professeur engagée dans une relation amoureuse avec un élève et qui, face au scandale, finit par se suicider.

Elle est encore cette femme médecin atteinte d'un cancer dans "Docteur Françoise Gailland" (1976) de Jean-Louis Bertucelli, qui fait sangloter son public, souvent composé de femmes qui lui ressemblent. C'est pour ce rôle qu'elle est couronnée par le César de la meilleure actrice en 1977.

"Pourquoi est-ce que je fais partie de votre famille ? J'ai été juge, avocat, chauffeur de taxi, flic, chirurgien...", expliquait-elle dans "Vivre d'aimer". "Je suis votre cousine, votre tantine, votre maman, votre fiancée", ajoutait-elle dans son autobiographie "Partir, Revenir", parue en 2003. Elle s'y disait "l'anti-vamp qui rassure".

Interrogée sur un possible "mythe Girardot", elle avait répliqué, fidèle à son franc-parler: "Le mythe! Oh là, c'est comme la postérité, ça me fait rigoler. Au final, vous savez, on va tous finir dans le trou".

Son histoire d'amour avec le public fut parfois tragique puisqu'Annie Girardot disparut quasiment du grand écran au début des années 80 avant d'y revenir pour quelques années encore.

A la fin de sa vie, elle devint aussi le symbole de la maladie d'Alzheimer qui l'avait ravie au monde mais dont les ravages avaient été montrés au grand public grâce au documentaire "Ainsi va la vie" de Nicolas Beaulieu qui avait filmé l'actrice malade pendant huit mois.