Visite de Michel Mercier à Nantes: déception et colère des syndicats

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Les syndicats de magistrats, d'avocats et de personnels pénitentiaires nantais se sont déclarés déçus mercredi après la visite du garde des Sceaux, Michel Mercier, venu apaiser les tensions suscitées par les récentes critiques de Nicolas Sarkozy à propos de l'affaire Laetitia.

"Je ne suis pas venu faire des annonces", a déclaré le ministre en fin de journée à la sortie d'une réunion avec les fonctionnaires du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), directement mis en cause pour son manque de suivi du principal suspect du meurtre de Laetitia, Tony Meilhon, après sa sortie de prison en février 2010.

"Le ministre n'a pas pris conscience de la réalité de ce qui s'est passé sur ce terrain: avant l'affaire Meilhon nous avions 1 fonctionnaire pour 135 suivis et après cette affaire nous en avons désormais 1 pour 200", a déclaré à l'issue de la réunion Alexis Grandhaies, responsable régional de la CGT pénitentiaire.

La moyenne en France est de 1 pour 80.

"Il y a beaucoup de colère. On imaginait au moins un geste fait sur ce site. Ce n'est même pas le cas", a-t-il ajouté.

Pour le ministre, "il n'y a pas simplement les moyens mais il faut aussi des réformes sur les méthodes de travail, par exemple dans le domaine des nouvelles technologies".

A son arrivée au palais de justice en début d'après-midi, le ministre a été accueilli par une haie d'honneur silencieuse de magistrats, d'avocats, de fonctionnaires et de greffiers en robe noire portant des badges réclamant "des moyens pour la justice".

Le ministre a ensuite rencontré les représentants des différents services du tribunal. Puis les syndicats qui en sont sortis déçus.

"Le ministre a pris acte du manque de moyen pointé par les rapports mais aucune avancée significative ne sera prise au niveau national pour remettre la justice française à niveau", a regretté Nicolas Léger, secrétaire national de l'Union syndicale des magistrats (USM).

Selon Jean-Bastien Risson, membre de l'USM nantaise, il est prévu que soient pourvus "les postes de magistrats vacants à Nantes et presque tous ceux de greffiers mais cela ne suffira pas à pallier le manque de moyens".

"Il a très clairement dit qu'il n'y avait pas de budget pour l'aide juridictionnelle", a pour sa part regretté Loïc Bourgeois pour le syndicat des avocats de France (SAF).

Les magistrats nantais, suivis par l'ensemble de la profession en France, ont entamé le 3 février un mouvement de report d'audience inédit après avoir été mis en cause par Nicolas Sarkozy qui avait dénoncé des erreurs et demandé des sanctions, avant même tout rapport d'inspection, dans le suivi judiciaire de Tony Meilhon.

Une journée d'action nationale a rassemblé 10.000 professionnels de la justice le 10 février.