L'évacuation des campements illicites se poursuivra, prévient l'Intérieur

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Le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a prévenu vendredi que les campements illicites continueraient d'être évacués mais les associations affirment que les expulsions du territoire réalisées depuis l'été n'ont pas diminué le nombre de Roms installés en France.

"Une situation d'une telle ampleur ne peut être résolue en six mois mais nous ne lâchons rien", déclare, dans un entretien au Parisien-Aujourd'hui en France, Brice Hortefeux rappelant que toute évacuation doit être précédée d'une décision de justice.

Selon lui, 3.741 personnes ont été raccompagnées "de manière contrainte ou forcée" dans leur pays d'origine et 70% des 741 campements illicites recensés en juillet ont été évacués.

S'"il arrive que des campements se reconstituent", "chaque fois qu'une nouvelle implantation est signalée, un traitement sanitaire, juridique et de sécurité est engagé, avant son évacuation", poursuit Brice Hortefeux. Jeudi, un camp d'une vingtaine de personnes a ainsi été évacué à Villeneuve-La-Garenne dans les Hauts-de-Seine.

Les expulsions de Roms ont suscité à l'automne une polémique avec la Commission européenne. Mais selon Marilisa Fantacci, du collectif Romeurope, regroupant une trentaine d'associations, "depuis des années le nombre de Roms ne change pas. On l'estime entre 12.000 et 15.000".

"Les Roms partent, mais ils reviennent, le système est aberrant", agrée Catherine Choquet, de la Ligue des Droits de l'Homme. Pour Alexandre Le Clève, de la Cimade, "quand vous avez besoin de faire de la reconduite à la frontière, vous renvoyez des roms". Mais "certains sont ré-expulsés plusieurs fois", poursuit-il.

Il reproche au gouvernement d'avoir créé un "appel d'air" en proposant 300 euros pour un retour volontaire: "Il y a des personnes qui faisaient des allers-retours pour toucher" cette aide, selon lui.

Depuis septembre, un système biométrique par empreintes digitales permet d'éviter qu'une personne perçoive plusieurs fois l'aide. L'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) n'a pas communiqué sur le nombre de ces aides.

"Les gens reviennent pour trouver du travail ou parce que certains membres de leur famille sont restés sur le territoire", explique Pierre Chopinaud, de La voix des Roms.

Les associations constatent "un déplacement du problème d'une ville à l'autre, d'un département à l'autre", selon Livia Otal, de Médecin du monde.

A Sarcelles (Val d'Oise), sous une voie ferré, s'est ainsi installé un camp qui serait actuellement le plus grand d'Ile-de-France et où s'entasseraient un millier de Roms dans plusieurs centaines de cabanes, la plupart en contreplaqué.

Ce campement fait l'objet d'une procédure d'expulsion et une décision judiciaire est attendue mi-mars.

Sur le terrain entouré de déchets, des hommes travaillent sur de la ferraille, tandis que des femmes et des enfants attendent devant une camionnette de Médecins du monde pour se faire soigner, a constaté une journaliste de l'AFP.

"Ils vivent dans des conditions de plus en plus précaires", explique Livia Otal (Médecins du monde). "Il y a un contrôle systématique sur les terrains, accompagnés de procédures d'intimidation". "On voit les gens plus paniqués" et "ce harcèlement pose un vrai problème de santé, ça interrompt les traitements", regrette-t-elle.

Pour passer inaperçus, "les camps se fragmentent" et les roms sont moins accessibles aux associations, ajoute Michel Sèvre, du Collectif pour le droit à l'Education des enfants roms. Face à la peur, "la santé et l'éducation passent au second plan", dit-il.