Révolte du monde judiciaire: rencontre décisive à la Chancellerie

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Le ministre de la Justice Michel Mercier va communiquer lundi aux magistrats et services de probation les conclusions des enquêtes administratives sur l'affaire Laetitia, lors d'une rencontre décisive pour la suite du mouvement de révolte du monde judiciaire.

Le 3 février à Orléans, Nicolas Sarkozy avait promis des sanctions pour les "dysfonctionnements graves" de la police et de la justice ayant permis selon lui la remise en liberté de Tony Meilhon, principal suspect du meurtre de la jeune fille de Pornic.

"Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés", avait-il dit, à la stupeur des magistrats et des conseillers d'insertion et de probation (CIP) nantais concernés, mais aussi de leurs collègues partout en France.

Selon le Journal du Dimanche, ces enquêtes relèvent un taux d'absentéisme de 32% au Service pénitentiaire d'insertion et de probation (Spip) de Nantes qui suivait Tony Meilhon.

Des enquêtes administratives ont également été diligentées dans la gendarmerie et la police. Leurs résultats devraient être prochainement connus, a-t-on indiqué de source proche des enquêtes.

Alors que le monde de la justice tire depuis des années la sonnette d'alarme à propos du manque de moyens qui l'empêche de remplir correctement ses missions, les magistrats n'ont pas supporté d'être déclarés coupables avant même le résultat des inspections.

Les uns après les autres, les tribunaux ont tenu des assemblées générales et voté massivement en faveur des renvois d'audiences, avant de manifester le 10 février à Nantes et devant des dizaines de palais de justice.

La suite du mouvement devait alors dépendre pour beaucoup de l'intervention du président de la République jeudi sur TF1.

Nicolas Sarkozy a annoncé une "consultation très ouverte" sur le "malaise" des magistrats, mais il a aussi répété que toute faute serait sanctionnée et a exclu une augmentation supplémentaire du budget de la justice, soulignant qu'il était en hausse constante depuis plusieurs années.

Pour les syndicats, sa prestation a été "lamentable", "affligeante", "inacceptable", "en dessous de tout"...

"Non seulement il n'a pas répondu aux légitimes exigences de l'ensemble des professionnels (...) mais il a aussi décidé d'assumer le délabrement continu du service public de justice en lui donnant comme seul horizon la construction de nouvelles prisons", ont déploré dans un texte commun une vingtaine d'organisations professionnelles.

"Face à cette surdité et cet aveuglement", et dans l'attente de la réunion de lundi après-midi à la Chancellerie, elles ont lancé un appel à la poursuite des "grèves, renvois d'audiences, assemblées générales, boycott de réunions, reports de convocations, rencontres avec les citoyens, distributions de tracts...".

Des assemblées générales organisées vendredi dans une vingtaine de tribunaux, notamment Paris et Nantes, ont voté la poursuite du mouvement, tandis que les audiences ont repris normalement dans quelques tribunaux.

D'autres AG sont prévues en début de semaine dans de nombreuses juridictions, mardi pour la plupart.

Les syndicats ont prévu de se rencontrer de nouveau lundi après leur réunion à la Chancellerie et, "au vu des positions du garde des Sceaux", décideront des suites du mouvement.

Cette rencontre n'est pas la "consultation" annoncée par le président de la République, a souligné la Chancellerie. "On va commencer +un dialogue+ qui portera sur les rapports d'inspection", a néanmoins déclaré Michel Mercier vendredi.