Enquête après l'intervention musclée de gendarmes à Anduze

© 2011 AFP

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L'inspection générale de la gendarmerie nationale a été saisie par le parquet d'Alès pour tenter de faire la lumière sur une manifestation et l'intervention musclée de gendarmes à Anduze (Gard) fin janvier, qui sèment l'émoi chez les militaires et les manifestants.

Une vidéo amateur montre notamment un chef d'escadron (commandant) aspergeant de gaz lacrymogènes les protestataires, parmi lesquelles des personnes âgées et des élus, apparemment pacifiques.

La manifestation, qui remonte au 21 janvier, dégénère ensuite quelque peu et on voit, sur la vidéo, des coups de matraques portés par d'autres gendarmes.

La manifestation a aussi été marquée par des dégradations sur le train des Cévennes, que les protestataires bloquaient en gare d'Anduze pour protester contre un projet de réorganisation des collectivités locales.

Le procureur de la République d'Alès, Thierry Lescouarc'h, a annoncé à l'AFP avoir saisi "l'inspection générale de la gendarmerie nationale pour ouvrir une enquête préliminaire sur ces faits". Il a précisé que ce service était habilité à faire des enquêtes judiciaires.

La direction de la gendarmerie a annoncé jeudi qu'elle allait ouvrir une enquête administrative interne, à la demande du directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN), le général Jacques Mignaux.

Le film montre clairement l'intervention de gendarmes sur un groupe de plusieurs dizaines de manifestants installés sur les voies de chemin de fer. Dans le train se trouvaient notamment le député-maire UMP d'Alès, Max Roustan, le sous-préfet d'Alès et le maire d'Anduze, Bonifacio Iglesias, lequel a dénoncé une video "parcellaire".

"Je me suis fait gazer à bout portant", a cependant raconté à l'AFP Mireille Pantel, habitante d'Anduze âgée de 64 ans.

"J'ai été aspergée de gaz, dans les yeux, et une de mes joues a été brûlée", a-t-elle dit. "J'ai perdu connaissance, j'ai même pas vu partir le train". "Je suis rentrée chez moi, ça brûlait, c'était atroce".

Suivent une visite chez le médecin, puis chez un ophtalmologiste à l'hôpital d'Alès, car son oeil "était tout collé. J'avais une grosse infection", a affirmé Mme Pantel qui a porté plainte pour coups et blessures contre l'officier de gendarmerie, issu de la compagnie d'Alès selon elle.

Des élus ont aussi été visés par les gaz et ont décidé de porter plainte.

Ce gradé de la gendarmerie "a-t-il agi de lui-même" ou "a-t-il reçu des consignes"?, s'est interrogé Alain Beaud, président de la Communauté de Communes Autour d’Anduze, qui participait à la manifestation.

Selon lui, les gendarmes sont intervenus "sans sommation", alors qu'il était convenu que le blocage du train ne durerait que quelques minutes.

L'AFP a par ailleurs constaté sur des blogs et sites de gendarmes - tenus comme militaires à un strict devoir de réserve - que la vidéo suscitait un certain émoi.

Contacté par l'AFP, le maire d'Anduze Bonifacio Iglesias a mis en garde contre une vidéo qu'il juge "parcellaire, orientée". "Il y a d'autres images en amont, qui montrent que la gendarmerie a été agressée physiquement par des manifestants", a-t-il dit.

"Il y a des images, je les ai vues". "Ils ont été agressés, il y avait un commandant qui a pris ses responsabilités", a-t-il plaidé, alors qu'"il s'agissait de rétablir l'ordre". "Quand le commandant a demandé d'évacuer la voie, il n'a pas été obéi".

Pour M. Iglesias, les manifestants "ont été dépassés par une poignée d'agitateurs".

De source proche de la DGGN, on assurait mercredi que la "manifestation n'était pas aussi pacifiste qu'on veut bien le dire ou le montrer".

  1. La vidéo circulant sur internet