Agression de Bruno Wiel: 15 à 20 ans requis pour un "cas d'école" de l'homophobie

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C'est un "cas d'école" de la barbarie et de la violence homophobe: l'avocat général a requis jeudi 15 à 20 ans de réclusion contre les quatre hommes jugés aux assises du Val-de-Marne pour avoir passé à tabac et torturé Bruno Wiel un soir de 2006 parce qu'il était homosexuel.

"L'horreur a ceci de particulier qu'elle n'a pas de limites", a tonné Benoist Hurel dans un réquisitoire d'une heure quarante, décortiquant "un cas d'école des actes de barbarie".

"Le mobile homophobe (...) c'est la seule et unique lecture de ce dossier", a martelé l'avocat général face aux accusés dont les visages blafards ont peu à peu disparu derrière le box.

"Je suis soulagé qu'on ait compris qu'il s'agit d'actes homophobes", a confié à l'AFP Bruno Wiel après le réquisitoire.

Accosté à Paris et conduit dans un parc de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) dans la nuit du 19 au 20 juillet 2006, ce jeune homme alors âgé de 28 ans avait été frappé, sodomisé à l'aide d'un bâton et laissé pour mort.

La violence des coups, leur localisation, les brûlures infligées, "tout montre que c'est vers la mort que les tortionnaires conduisaient M. Wiel", a soutenu l'avocat général, soulignant que la victime avait été ensuite "camouflée", nue et agonisante, dans un sous-bois du parc.

Les accusés "pouvaient encore appeler les secours, mais ils ne l'ont pas fait", a dénoncé l'avocat général, soulignant que Bruno Wiel n'a été retrouvé qu'à la faveur du hasard: les gardiens du parc traquaient un exhibitionniste depuis quelques mois...

Plongé dans le coma quinze jours, hospitalisé sept mois, M. Wiel, aujourd'hui âgé de 33 ans, a dû réapprendre à parler et a perdu tout souvenir des faits. "C'est un miraculé", a estimé M. Hurel

Pour l'avocat général, cela ne fait aucun doute: cette agression est intimement liée à une "détestation" de l'homosexualité.

"On n'est pas des pédés", "tu voulais nous baiser, c'est nous qui allons te baiser": Benoist Hurel a rappelé les déclarations des accusés aux enquêteurs quand ils racontaient les sévices infligés à M. Wiel.

"L'épisode du bâton (ne vise) qu'à mettre en scène et en même temps à répudier la sodomie", "à humilier un homosexuel", a martelé l'avocat général qui s'est attardé sur les deux autres agressions, moins graves, jugées elles aussi par la Cour.

Pendant ce même été 2006, trois des tortionnaires présumés de Bruno Wiel ont agressé deux hommes accostés dans des bars gays pour les détrousser.

"Les victimes ont été choisies en fonction de leur homosexualité réelle ou supposée, selon un même mode opératoire", a fait valoir Benoist Hurel, qui a réservé ses réquisitions les plus lourdes aux accusés ayant participé à l'ensemble de ces forfaits: 20 ans pour Julien Sanchez et Antoine Soleiman, 18 ans pour David Deugoué N'Gagoué.

Yohan Wijesinghe, contre qui 15 ans de réclusion ont été requis, répond de "la seule agression" de Bruno Wiel, a rappelé son avocate Me Nadia Oukherfellah dans sa plaidoirie, estimant que son client n'était pas "quelqu'un de violent".

"Il n'aurait jamais commis ces violences sans la force du groupe", a-t-elle soutenu, insistant sur le fait qu'il aurait "tenté d'arrêter" ses co-accusés au moment de l'agression de Bruno Wiel.

Tous encourent la perpétuité.

Des peines de 2 et 7 ans de réclusion ont également été réclamées contre deux autres accusés jugés pour avoir participé aux deux agressions secondaires de ce procès.

Le verdict doit être rendu vendredi après les dernières plaidoiries de la défense.