Procès Bissonnet: la subornation de témoin passée au crible

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La cour d'assises de l'Hérault s'est penchée mercredi sur la tentative présumée de subornation de témoin qui pèse sur Jean-Michel Bissonnet, une accusation rejettée par ce dernier, à l'instar des accusations de complicité du meurtre de sa femme Bernadette.

Cette subornation de témoin est à l'origine de l'interruption du procès en octobre dernier et de son renvoi à ce mois de janvier.

En octobre, l'avocat général avait brandi des documents saisis par la police et tendant à montrer que M. Bissonnet, désigné comme le commanditaire du meurtre, avait tenté de soudoyer un détenu.

Objectif: que ce détenu vienne témoigner à la barre et rejette la responsabilité du crime sur Amaury d'Harcourt, qui a reconnu sa participation au crime et est jugé pour complicité d'assassinat.

Au coeur de cette affaire de subornation de témoin, se trouvent deux détenus. Premier à se présenter à la barre, Sébastien Prevel, auquel le président de la cour a pris soin de rappeler l'article du Code pénal concernant les faux témoignages.

Prevel qui va raconter comment en 2008, alors qu'il est incarcéré à Mende (Lozère), il prend contact par courrier avec Bissonnet pour lui proposer de mettre en cause le vicomte contre de l'argent.

Le courrier est intercepté, une enquête est lancée, Prevel finalement "se rétracte" devant le juge.

Quand il est transféré à Béziers, il retrouve Bissonnet. C'est là que va s'organiser, via des "auxiliaires" pouvant se déplacer dans la prison, un échange de documents et de courriers entre Bissonnet et, selon Prevel, le second détenu, Laurent Fissot. Documents qu'il intercepte...

But de ces courriers: "préparer un faux témoignage visant à accabler d'Harcourt", déclare Prevel, dont le surnom en prison est "l'escroc". Prevel voit dans ce faux témoignage une façon de se racheter mais aussi de faire de l'argent.

Pour mettre en cause d'Harcourt devant la cour, il faut que Prevel montre qu'il connaît le vicomte. Dans les documents, Bissonnet donne une masse de détails sur le vicomte, le "vieux" comme il dit: sa maison, le chemin d'accès, les meubles, ses goûts, ses femmes.... Il est aussi question d'argent dans les documents. Bissonnet écrit notamment: "Je ne peux rien faire financièrement, pour le moment, je ne pourrai que petit à petit".

Fissot, lui, admet avoir mis Bissonnet et Prevel en relation. Mais, à l'entendre, son action en est restée là. Il affirme ignorer ce qui s'est passé entre les deux hommes.

Debout dans le box, Bissonnet "avoue", admet être l'auteur des documents, du plan de la propriété de d'Harcourt et "assume" même le "coaching" de Prevel pour ce témoignage. Il explique, fait front et justifie l'échange de documents.

Selon lui, Prevel lui a donné des renseignements troublants sur d'Harcourt, plus particulièrement sur sa maison. Il veut alors contrôler la véracité de ce que raconte le détenu, et même "le pousser dans ses retranchements", ce qui n'est pas forcément son rôle, lui fait remarquer le président.

"Mais quand vous êtes au fond du trou", "quand pendant deux ans on me traite de menteur", qu'on "ne m'écoute pas", "si vous voyez la possibilité de vous sauver, vous vous précipitez", affirme Bissonnet.

"Oui, j'avoue que j'ai essayé de voir si j'avais une possibilité de sortir de ce trou", dit-il.

Et c'est quand il s'est aperçu que Prevel était un "escroc", un "voleur", qu'il a "laissé tomber", assure-t-il. Pour preuve, personne n'est venu témoigner à la barre.

"Je me battrai jusqu'au bout pour montrer avec quel acharnement sadique on essaye de m'accabler depuis trois ans", défie-t-il.