Les éleveurs de porcs disent leur "désespoir" en plein scandale de la dioxine

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Plusieurs centaines de producteurs de porcs, inquiets de répercussions négatives du scandale de la dioxine en Allemagne sur leur filière en crise, ont protesté mercredi à Paris contre de nouvelles hausses des coûts de production et veulent informer les consommateurs sur l'origine des produits.

Rassemblés sur l'esplanade des Invalides, certains brandissaient des pancartes "Travailler plus pour perdre moins" ou "1,30 euro le kg à l'éleveur, 6,50 kg au consommateur" ou encore arboraient, sur des tee-shirts, les slogans "consommateurs trompés" et "éleveurs volés".

"Les producteurs de porcs sont venus dire leur désespoir car, depuis l'été dernier, nous nous enfonçons dans une crise sans précédent qui est déjà fatale pour près de 15% d'entre nous", a expliqué à la presse le président de la Fédération nationale porcine, Jean-Michel Serres, relevant que "le coût pour nourrir les animaux a augmenté de 50%".

"Aujourd'hui, le cours du porc est à 1,15 euro de base. Il faudrait qu'il soit à 1,50 euro de base par rapport au prix de l'aliment que l'on paie", a expliqué à l'AFP un responsable de la FRSEA (Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles) Bretagne, François Valy, arguant que "la tonne de blé qui valait cent euros l'année dernière, aujourd'hui est à 200-220 euros la tonne".

Selon M. Valy, "sur à peu près 6.000 exploitations porcines en Bretagne aujourd'hui, 10% sont en situation de dépôt de bilan". "Une exploitation moyenne en Bretagne de 200 truies perd 10.000 euros par mois", a-t-il précisé.

Une telle situation est "scandaleuse", a jugé M. Serres, d'autant que la grande distribution dispose selon lui de "marges de manoeuvre suffisantes pour répercuter la hausse des coûts de production".

"Nous attendons que les pouvoirs publics utilisent tous les moyens pour que la grande distribution ne reste pas plus longtemps sourde à nos demandes", a-t-il déclaré à l'AFP.

La filière porcine française craint aujourd'hui d'être encore plus fragilisée par le scandale de la dioxine en Allemagne, qui a entraîné une nouvelle baisse du cours du porc outre-Rhin.

Dans ce contexte, les producteurs exigent "l'application immédiate" de l'accord interprofessionnel signé le 15 décembre afin de protéger la filière française.

"Les producteurs français n'ont pas envie de payer pour les erreurs commises en Allemagne. Notre production reste de qualité, elle est tout à fait saine, la moindre des choses c'est que cela soit indiqué au consommateur", a soutenu M. Serres.

De son côté, à l'occasion de ses voeux à la presse, le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a de nouveau encouragé la grande distribution à jouer "le jeu de l'étiquetage de la viande de porc" et appelé producteurs, industriels et distributeurs "à sortir d'une logique d'opposition" et à appliquer ensemble une "politique de filière".

Mardi, la Fédération des industriels charcutiers, traiteurs, transformateurs de viande (FITC) a estimé qu'il relevait "de la responsabilité des pouvoirs publics de mettre en place un programme de soutien et de redéploiement aux éleveurs en difficulté".

Pour sa part, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) a assuré que "toutes les enseignes avaient mis en place dans leurs magasins, depuis plusieurs années, le logo VPF (viande de porc française)".

Aux yeux de M. Serres, ces fédérations "ont effectivement fait des efforts, mais il reste encore un bon bout de chemin à faire et il faut que cela se produise rapidement."