Falcone et l'Angolagate: "Nous étions mandatés, Monsieur le président!"

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Ils se sont rencontrés autour du cacao ivoirien et sont jugés à Paris pour une vente à l'Angola de chars T62, kalachnikov ou lance-roquettes Grad. "Nous étions mandatés, Monsieur le président", affirme Pierre Falcone à la cour d'appel.

L'homme d'affaires français, 56 ans, était seul mardi et mercredi "sur le grill", selon l'expression du président de la cour Alain Guillou, qui rejuge depuis le 19 janvier l'Angolagate, trafic d'armes présumé vers un pays africain en guerre, sur fond de "Françafrique" et de démembrement de l'ex-URSS.

Son partenaire dans l'affaire, le Franco-Israélien d'origine russe Arcadi Gaydamak, 58 ans, est en fuite.

Tous deux ont été condamnés en 2009 à 6 ans de prison pour avoir organisé dans les années 1990 la vente à l'Angola de matériel militaire, armes et munitions provenant de pays de l'Est, sous couvert d'une société slovaque (ZTS-Osos), pour 790 millions de dollars gagés sur les recettes futures du pétrole angolais.

Une quinzaine d'autres personnes sont jugées pour avoir pour la plupart perçu des pots-de-vin.

"Pourquoi ZTS-Osos?", "Quel besoin d'aller en Slovaquie?", "Pourquoi recourir à des contrats commerciaux s'il s'agissait d'un accord entre la Russie et l'Angola?".

Les questions du président et de l'avocat général Michel Lernout pleuvent sur Pierre Falcone, debout au micro, tentant d'expliquer, avec force gestes et émotion, qu'il était "mandaté officiellement" par l'Angola pour trouver le montage financier nécessaire, s'occuper des voyages des dignitaires angolais et s'assurer de la bonne exécution du contrat.

"Le gouvernement angolais a désigné ZTS-Osos", dit-il, pendant que ses avocats rappellent que les relations entre l'Angola et cette société, dont les Russes étaient les réels propriétaires, sont antérieures à l'arrivée de MM. Falcone et Gaydamak dans le dossier angolais.

Les conseils brandissent les documents attestant des mandats donnés tant par les Angolais que par ZTS-Osos, notamment pour ouvrir un compte à Paris, chez Paribas. Les dirigeants de la société slovaque qui ont dit avoir été abusés, ont "menti", affirment-ils.

"Comment avez-vous rencontré M. Gaydamak?", avait auparavant demandé le président, en évoquant un "ami ivoirien" qui les aurait réunis.

C'était fin 1992 ou début 1993, répond Pierre Falcone. L'homme en question comptait parmi les "deux ou trois références du trading du cacao" de Côte d'Ivoire, un certain Kentzler, Georges, précise-t-il. Un de ces hommes avec lesquels on parlait affaires en Afrique.

Les prévenus ne nient pas avoir contribué à la fourniture d'armement à l'Angola. Ils le revendiquent même, affirmant être venus en aide à un gouvernement légitime et assiégé. Mais ils contestent la conclusion de l'enquête et du tribunal selon laquelle ce commerce était illicite.

Leur défense soutient que la vente n'avait pas besoin d'autorisation française, puisque les armes n'ont pas transité par la France. Elle en veut notamment pour preuve une lettre écrite en 2008 par le ministre de la Défense d'alors, Hervé Morin, qui allait dans ce sens mais qui, selon le tribunal, ne coupait pas court à la procédure.

L'un des avocats de Pierre Falcone, Me Pierre-François Veil, a versé mercredi au dossier une nouvelle lettre, datée du 24 janvier, de M. Morin, qui n'est plus au gouvernement, mais confirme ce qu'avaient conclu ses services.

La cour a suspendu l'audience jusqu'à lundi, lorsqu'elle commencera à examiner le fonctionnement de la société de Pierre Falcone, "Brenco".

Le procès est prévu jusqu'au 2 mars, trois jours par semaine.