Le gotha de la gastronomie mondiale rend hommage à Paul Bocuse

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Robuchon, Ducasse, Daniel Boulud: le gotha de la gastronomie mondiale a rendu hommage à Paul Bocuse, modèle pour des générations de cuisiniers, lors d'un "dîner d'exception" mardi soir à l'Hôtel de ville de Lyon, orchestré par des femmes étoilées, sous la houlette d'Anne-Sophie Pic.

"Je suis ému et très heureux. Cet hommage, c'est exceptionnel, tous les grands noms de la cuisine du monde sont là", a déclaré "M. Paul", très souriant à quelques jours de ses 85 ans.

Il reconnaît toutefois "ressentir un pincement au coeur, car ça fait maintenant deux ans qu'on en parle et maintenant c'est là".

La Luxembourgeoise Léa Linster, Bocuse d'Or 1989, les Italiennes triplement étoilées, Annie Feolde, Nadia Santini et Luisa Valazza et l'Espagnole Carme Ruscalleda, "toutes ont dit oui, car on a envie de lui faire honneur", a expliqué à l'AFP Anne-Sophie Pic.

Chacune a ainsi confectionné un plat pour "exprimer sa cuisine et son terroir".

"C'est mon père qui a eu l'idée d'une brigade de femmes", a confié Jérôme Bocuse, à la tête des restaurants américains de l'empire paternel. Clin d'oeil aux "mères lyonnaises", mais aussi clin d'oeil à son goût bien connu pour la gent féminine.

Parmi les convives, une centaine de grands chefs venus du monde entier à l'occasion du Salon international de la restauration, de l'hôtellerie et de l'alimentation (Sirha), 250 étoiles à eux tous.

"C'est lui qui a fait découvrir la cuisine à l'étranger, il reste un chef de file important", souligne Anne-Sophie Pic, qui connaît "M. Paul" depuis l'enfance car c'était un "grand ami" de son père.

"Il m'a épaulée de loin quand je me suis lancée dans la cuisine". Malgré son "orgueil", c'est à lui et à lui seul qu'elle a fait appel pour avoir la recette du homard thermidor, confie-t-elle.

Pour ce dîner, elle a réalisé un "plat goûteux": un "turbot avec râpée de truffe noire".

"La femme apporte plus de coeur et de délicatesse dans la cuisine, les hommes, plus d'esprit", note Luisa Valazza, chargée du dessert: un "panettoncino" de noisette, sauce au café.

En Italie aussi, Bocuse "est un grand personnage", assure-t-elle.

"Bocuse c'est le pape en Espagne, le maître de la cuisine contemporaine. Il fut notre référence, notre guide pour arriver à bon port", s'enflamme Carme Ruscalleda, qui a confectionné un damier de brandade de morue en gelée d'olive noire, poivron rouge, jaune et vert.

"Pour moi Bocuse, c'est Paulo des bords de Saône, si je vais chez lui, M. Paul au téléphone, et quand j'en parle, c'est le grand Bocuse", déclare Alain Ducasse qui va deux fois par an en "pèlerinage" manger à l'auberge de Collonges.

"On veut tous lui dire merci et qu'on l'aime", dit-il. Et de rappeler que "c'est le premier qui a parcouru la planète pour chercher des convives dans tous les pays du monde.

Bocuse "a donné ses lettres de noblesse à notre métier", note Joël Robuchon, qui éprouve de la "reconnaissance" envers celui qui "en 1976" l'a "envoyé au Japon", où il a maintenant "cinq restaurants".

"Bocuse, c'est mon Zidane, on est tous ses enfants et on lui doit beaucoup", assure Yannick Alleno, chef trois étoiles de l'hôtel Meurice à l'adresse de celui qui "représente le rayonnement international et a tiré toute l'économie française derrière lui".

"C'est un exemple à suivre, un modèle de réussite en partant de rien", résume Guy Lassausaie (2 étoiles).

En attendant, le "patriarche" leur dit "à l'année prochaine" et "leur donne rendez-vous pour (ses) 90 ans".