"On a feint l'homosexualité" : l'aveu d'un tortionnaire présumé de Bruno Wiel

© 2011 AFP

— 

"On a feint l'homosexualité" : un des tortionnaires présumés de Bruno Wiel a expliqué lundi à la Cour d'assises du Val-de-Marne comment ce jeune homosexuel avait été amadoué un soir de 2006 avant d'être agressé et torturé à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Croisé à Paris dans la nuit du 19 au 20 juillet 2006, Bruno Wiel "nous a proposé des relations charnelles. Vu que mes co-accusés voulaient le dépouiller de sa carte bancaire (...), on a feint l'homosexualité", a affirmé David Deugoué N'Gagoué, carrure imposante et verbe hésitant.

Selon son récit, la victime rencontrée près du quartier du Marais était "un peu réticente" à l'idée de monter dans la voiture où se trouvaient les quatre accusés, pour la plupart originaires de Thiais, dans le Val-de-Marne.

"On lui a dit : +Viens avec nous, on va à l'hôtel+ (...) Il a fini par céder", a poursuivi David Deugoué N'Gagoué, assurant que la victime était "consentante" et en niant avoir joué le rôle d'appât.

A ses côtés dans le box, Julien Sanchez a nié avoir simulé l'homosexualité, reconnaissant tout juste avoir "palpé" la victime pour savoir si elle possédait une carte bancaire. "M. Wiel a dû penser que je répondais à ses avances", a-t-il expliqué.

Pour son premier témoignage devant la Cour, l'intéressé a martelé sa conviction : il est "impossible" qu'il soit monté volontairement dans la voiture. "Je sais qui je suis et qui j'étais", a déclaré ce jeune homme âgé de 33 ans, qui n'avait jusque-là jamais quitté Paris "intra muros".

Mais il ne peut en dire guère plus, lui qui a tout oublié des faits en raison de la violence de son agression.

Jusque-là réduit à de simples mots, son calvaire a pris un tour concret lundi. Les clichés pris après son agression et projetés devant la Cour ont montré son corps martyrisé et couvert d'hématomes. Frappé, brûlé, et sodomisé à l'aide d'un bâton, Bruno Wiel est resté 15 jours dans le coma avant d'être hospitalisé pendant près de sept mois.

"C'est moi qu'on a appelé pour le reconnaître (à l'hôpital) et même pour moi ça a été dur de le reconnaître vu son état, a dit sa tante, Christiane Bème, entre deux sanglots. C'est quelque chose de voir quelqu'un qui ne sait plus bouger sa bouche et ses bras".

Vendredi, les accusés avaient indiqué avoir fait subir à Bruno Wiel "un déchaînement de violences", sans toutefois pouvoir l'expliquer.

Au terme d'échanges acrimonieux entre les accusés, l'audience de lundi a levé un coin de voile sur leurs motivations.

Après avoir asséné à Bruno Wiel une première gifle, un des accusés, Yohan Wijesinghe, a reconnu lui avoir lancé : "Je lui ai dit qu'on n'est pas des pédés." "Il était trop tactile. Il arrivait sur moi en baissant sa braguette et c'est à ce moment-là que je l'ai frappé", a-t-il ajouté.

Selon un de ses co-accusés, Yohan Wijesinghe aurait également dit : "Tu voulais nous baiser, c'est nous qui allons te baiser". L'intéressé a démenti.

En pleurs, Julien Sanchez a une nouvelle fois reconnu avoir sodomisé la victime a l'aide d'un bâton, mais ne se l'explique "toujours pas".

S'adressant à la presse à la sortie de l'audience, Bruno Wiel a déclaré: "J'ai envie de rigoler tellement c'est pitoyable. Cela fait quatre ans et demi que j'attends des explications (...) Ils se contredisent entre eux. Il n'y a aucune émotion, ils ne réagissent pas. Je suis vraiment dépité".

Le verdict est attendu le 28 janvier.