Angolagate: ces Messieurs Afrique à la cour d'appel de Paris

© 2011 AFP

— 

"Nous sommes encerclés, voici les plans". La cour d'appel de Paris a résonné lundi des bruits de la guerre angolaise, au fil des témoignages des "Messieurs Afrique" français venus expliquer la genèse de la vente d'armes à Luanda dans les années 90.

Une vingtaine de personnes, dont Charles Pasqua, 83 ans, et l'homme d'affaires Pierre Falcone, 56 ans, sont rejugées depuis le 19 janvier pour avoir organisé ou tiré profit de ce commerce, jugé illicite en première instance.

Après trois jours de mise en route, la cour a étudié lundi le contexte angolais (guerre civile), international (post-guerre froide) et français (cohabitation politique), dans lequel est née l'affaire de l'Angolagate.

Elle a en particulier entendu Jean-Bernard Curial, 71 ans, ancien conseiller Afrique du Parti socialiste et connaissance de longue date du président angolais José Eduardo Dos Santos, ainsi que Jean-Christophe Mitterrand, 64 ans, surnommé "Papamadit" du temps où il était conseiller pour l'Afrique de son père, le président socialiste François Mitterrand.

Les deux hommes ont été condamnés à de la prison avec sursis et une amende dans cette affaire mais, n'ayant pas fait appel, ne sont plus jugés au pénal.

Tout semble donc être parti d'une rencontre en 1993 à Luanda entre MM. Curial et Dos Santos, président légitime depuis la victoire de son parti ex-marxiste, le MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l'Angola), aux élections législatives de l'année précédente.

L'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), soutenue pendant la guerre par les Etats-Unis et l'Afrique du Sud de l'apartheid, ayant rejeté les résultats du premier tour de ces élections, les combats avaient repris de plus belle.

En 1993, l'Unita contrôlait "70 à 80% du territoire", le président angolais avait besoin de matériel de guerre et de vivres. M. Curial était chargé de transmettre.

Mais à Paris, le président Mitterrand cohabitait avec un gouvernement de droite, notamment François Léotard, un ministre de la Défense notoirement pro-Unita, et la politique officielle était de prôner la négociation plutôt que d'armer un belligérant.

Jean-Bernard Curial a ensuite rencontré "fortuitement" selon lui Jean-Christophe Mitterrand, qui lui a conseillé de prendre contact avec Pierre Falcone, lequel pourrait "faire passer le message".

De là naîtront deux contrats mis au point par Falcone et le businessman franco-israélien (en fuite) Aracadi Gaydamak, le premier d'un petit montant, portant aux trois quarts sur des vivres le reste sur des munitions, le second de près de 800 millions de dollars.

"Les premières choses que nous essayions de larguer aux villages assiégés, c'était de l'eau, ensuite de la nourriture, et enfin la logistique militaire pour se défendre!", a lancé de son côté Pierre Falcone dans une intervention enflammée.

Comme Gaydamak, il a été condamné à six ans de prison ferme pour trafic d'armes.

Charles Pasqua enfin, condamné à un an ferme pour trafic d'influence, a répété qu'il souhaitait voir d'anciens responsables politiques de l'époque venir témoigner devant la cour. Parmi eux, Alain Juppé, ancien ministre des Affaires étrangères, ex-Premier ministre et actuel ministre de la Défense.

"Sa déposition est capitale", a estimé l'ancien ministre de l'Intérieur, affirmant, comme les autres prévenus, que les autorités françaises étaient au courant de la vente d'armes.

Dans une lettre lue du début de l'audience par le président Alain Guillou, M. Juppé a rappelé avoir dit au juge d'instruction ce qu'il savait et fait part de son intention de ne pas venir témoigner.