Un juge de Béthune soupçonné d'avoir monnayé des décisions mis en examen

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Un juge du tribunal de Béthune (Pas-de-Calais), soupçonné d'avoir perçu de l'argent en échange de décisions complaisantes alors qu'il présidait des audiences correctionnelles, a été mis en examen jeudi à Lille pour corruption passive, trafic d'influence et tentative d'escroquerie.

Lorsqu'il était vice-président à Troyes de 1990 à 1997, le magistrat avait été sanctionné et rétrogradé par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour avoir notamment bénéficié de prêts de voitures auprès d'un garagiste.

Il avait ensuite été nommé à Béthune.

Pierre Pichoff, 58 ans, pourrait avoir perçu plusieurs milliers d'euros ces quatre dernières années pour influencer le cours de certaines décisions, ont dit à l'AFP des sources proches du dossier.

Il a été placé sous mandat de dépôt provisoire, en attendant sa comparution lundi devant le juge des libertés et de la détention (JLD), selon le procureur de Lille, Frédéric Fèvre. Il a demandé un délai pour préparer sa défense.

Le juge devrait faire l'objet d'une "suspension provisoire" de la magistrature, avant que le CSM, saisi par la Chancellerie, ne statue sur son cas. Renvoyé devant le tribunal correctionnel, le magistrat risquerait une peine maximale de 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.

Devant le juge d'instruction, M. Pichoff ne s'est pas exprimé, selon le parquet de Lille.

Deux autres hommes, qui auraient servi d'intermédiaires, selon une source proche du dossier, ont également été miss en examen pour corruption.

Il s'agit d'un investisseur immobilier, qui a été incarcéré, et d'un ancien adjoint au maire de Montigny-en-Gohelle et ancien-vice président de la Chambre de commerce de Lens, laissé libre sous contrôle judiciaire.

Ce dernier serait déjà mis en examen dans l'affaire de fausses factures présumées impliquant l'ancien maire d'Hénin-Beaumont Gérard Dalongeville.

Le procureur n'a pas écarté la possibilité de "liens indirects" entre les deux affaires, mais s'est montré très prudent.

"On n'est pas du tout dans un cadre politique", a-t-il dit à propos du dossier impliquant M. Pichoff. Il a souligné qu'il n'était "même pas établi qu'il y ait un lien" avec les fraudes présumées de M. Dalongeville.

Au printemps et à l'automne 2010, la police du Pas-de-Calais avait reçu deux courriers anonymes "qui dénonçaient un magistrat de la juridiction de Béthune comme ayant un comportement peu déontologique", a dit M. Fèvre.

Le magistrat avait été placé en garde à vue mardi matin à la brigade financière de la DIPJ (Direction interrégionale de la police judiciaire) de Lille, chargée de l'enquête sous l'autorité de deux juges d'instruction lillois.