Un juge de Béthune mis en examen pour "corruption passive"

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Un juge du tribunal de Béthune (Pas-de-Calais) a été mis en examen jeudi pour "corruption passive et trafic d'influence dans l'exercice de ses fonctions", ainsi que tentative d'escroquerie, a-t-on appris auprès du procureur de Lille, Frédéric Fèvre.

Ce magistrat, qui présidait des audiences correctionnelles, pourrait avoir perçu de l'argent pour influencer le cours de certaines décisions, selon une source proche du dossier.

Pierre Pichoff, 58 ans, a été placé sous mandat de dépôt provisoire, en attendant sa comparution lundi devant le juge des libertés et de la détention (JLD), selon le procureur de Lille Frédéric Fèvre. Il a demandé un délai pour préparer sa défense.

Le juge devrait faire l'objet d'une "suspension provisoire" de la magistrature, avant que le CSM, saisi par la Chancellerie, ne statue sur son cas. Renvoyé devant le tribunal correctionnel, le magistrat risquerait une peine maximale de 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende.

Devant le juge d'instruction, M. Pichoff ne s'est pas exprimé, a indiqué le procureur à l'AFP.

Deux autres personnes ont été mises en examen pour corruption dans ce dossier, l'une placée sous mandat de dépôt, l'autre sous contrôle judiciaire.

L'une d'elles serait un commerçant, déjà mis en examen dans l'affaire de fausses factures présumées impliquant l'ancien maire d'Hénin-Beaumont Gérard Dalongeville, selon une source proche du dossier.

Le procureur n'a pas écarté de possibles "liens indirects" entre les deux affaires, mais s'est montré très prudent.

Sur le dossier impliquant M. Pichoff, "on n'est pas du tout dans un cadre politique", a-t-il expliqué. Il a souligné qu'il n'était "même pas établi qu'il y ait un lien" avec les fraudes présumées de M. Dalongeville.

Au printemps et à l'automne 2010, la police du Pas-de-Calais a reçu deux courriers anonymes "qui dénonçaient un magistrat de la juridiction de Béthune comme ayant un comportement peu déontologique", a expliqué M. Fèvre. Il n'a cependant livré aucun détail sur les faits dont le magistrat est soupçonné.

Lorsqu'il était vice-président à Troyes de 1990 à 1997, M. Pichoff avait été "mis en cause et sanctionné par le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui avait ordonné sa rétrogradation et sa nomination à Béthune", selon le procureur.

Il aurait à l'époque bénéficié de prêts de voitures auprès d'un garagiste, a précisé une source proche du dossier.

Le magistrat avait été placé en garde à vue mardi matin à la brigade financière de la DIPJ (Direction interrégionale de la police judiciaire) de Lille, qui a été chargée de l'enquête sous l'autorité de deux juges d'instruction lillois.