Otages tués au Niger: Linselles pleure Antoine et Vincent

HOMMAGE Proches et anonymes sont venus se recueillir sur les dépouilles des deux hommes...

© 2011 AFP
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«Je suis venu dire au revoir à Antoine. Avant son départ en Afrique, je jouais au foot avec lui»: comme des dizaines de proches ou d'anonymes, Laurent Vandeputte a rendu un hommage ému samedi à Linselles (Nord) aux deux jeunes Français tués au Niger.

Chapelle ardente

Les dépouilles de Vincent Delory et Antoine De Léocour, enlevés à Niamey le 7 janvier et retrouvés morts le lendemain dans le désert malien, ont été transférées par fourgon funéraire vendredi soir de Paris à Linselles, une petite commune de l'agglomération lilloise où ils avaient grandi ensemble.

Rehaussée de couronnes fleuries adossées à une pièce de brocart bleu, une chapelle ardente a été dressée dans la salle polyvalente Jacques Brel, à quelques centaines de mètres de l'église où les obsèques seront célébrées lundi en présence du président Nicolas Sarkozy.

Les portraits lumineux des deux jeunes hommes trônent près de leurs cercueils.

«C'étaient des amis d'enfance»

Filtrés par des policiers à l'entrée de la salle dont l'accès était interdit aux journalistes, amis, voisins ou anonymes sont venus nombreux se recueillir, prier ou laisser un message d'affection aux familles.

«Je suis venu pour être auprès d'eux. C'étaient des amis d'enfance qui habitaient dans la même ville. Ils avaient mon âge, ç'aurait pu être moi», a témoigné Laurent Vandeputte, 25 ans. Dessinateur-projecteur, il travaille en Belgique.

Antoine avait pris un aller-simple pour l'Afrique après des études de coopération humanitaire. Il y avait rencontré Rakia, une Nigérienne qu'il devait épouser. Vincent l'avait rejoint à Niamey pour assister aux noces.

«Nos enfants sont allés dans les mêmes écoles et ont eu les mêmes professeurs. Tout le monde se connaît ici», confiait, en larmes, Dolorès Lachot, 67 ans, venue de la ville voisine de Bondues.

Françoise Leroux, une Linselloise de 57 ans, a écrit quelques mots pour Antoine. «Ton souhait le plus cher était de vivre en Afrique, malheureusement on t'a ôté la vie». Jeanne-Marie Baelen, elle, est venue «partager la douleur des mères». Depuis 2007, cette sexagénaire porte le deuil de ses jumelles, emportées à quelques mois d'intervalle par le même cancer. «Je pleure depuis huit jours. Pour une maman, perdre un enfant est inacceptable».

Questions sur leur mort

En attendant les obsèques, les Linsellois s'interrogent sur les circonstances de la mort des enfants du pays après l'assaut des forces spéciales françaises contre leurs ravisseurs. Mais ils refusent la polémique.

«On ne sait pas exactement ce qui s'est passé, mais si on n'était pas intervenus, ça aurait fait comme les deux journalistes de France 3», Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière -originaire du Nord lui aussi-, retenus en otages depuis un an en Afghanistan, estimait Françoise Leroux.

Al-Qaïda au Maghreb islamique a affirmé qu'un des deux otages français avait été tué au Mali par les frappes aériennes françaises et que l'autre avait été exécuté par Aqmi, selon un communiqué rapporté samedi par le service américain de surveillance des sites islamistes SITE.

Assaut

Des forces spéciales françaises avaient mené un assaut le 8 janvier en territoire malien contre les ravisseurs de Vincent Delory et Antoine De Léocour, tous les deux âgés de 25 ans, enlevés la veille au Niger et retrouvés morts après l'assaut.

Dans un communiqué mis en ligne vendredi, Aqmi, qui avait revendiqué l'enlèvement, dit vouloir donner la «vraie version» des faits sur le raid, selon SITE. "En dépit des avertissements» adressés à la France sur la poursuite du raid aérien, «les avions français ont bombardé les véhicules des moujahidine, alors les moujahidine ont emmené l'un des otages loin du véhicule visé mais n'ont pu prendre l'autre qui a été tué par les Français plus tard dans le bombardement et non par des balles des moujahidine», a-t-il dit.

«Avec les frappes aériennes constantes des troupes françaises, les moujahidine ont pensé qu'ils n'allaient pas s'en tirer, alors ils ont exécuté le second otage», indique Aqmi. Les Linsellois se réuniront dimanche à 13h30 pour une marche silencieuse dans les rues de la commune. Entre 2.000 et 3.000 personnes y sont attendues.