EXCLUSIF AFP - Niger: les ravisseurs auraient pu être désarmés, selon un témoin

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"Ils étaient juste au mauvais endroit, c'est tout" : Malik était assis à côté des deux Français enlevés vendredi dans un restaurant de Niamey avant d'être exécutés. Il juge que les clients auraient peut-être pu tenter de désarmer les ravisseurs.

Alors que les corps des deux jeunes ont été rapatriés mercredi, cet homme témoigne en exclusivité pour l'AFP, mettant en avant l'effet de surprise et le "coup de poker" des ravisseurs.

"Les deux Français étaient avec des amis nigériens. Ils étaient au moins six. Les deux jeunes étaient dans l'axe de la porte de la sortie. Ils étaient en train de prendre un verre", témoigne Malik (le prénom a été changé, ndlr), l'un des 30 à 40 clients du restaurant Le Toulousain ce vendredi soir, dont de nombreux autres Français et Européens, assis à des tables moins en évidence.

Les trois ravisseurs "sont entrés comme s'ils venaient chercher du pain dans une boulangerie", affirme-t-il, décrivant des hommes jeunes, d'une trentaine d'années, vêtu d'un "cheich, un turban comme les Touaregs", parlant arabe et "un mauvais français cassé" : "Ce n'était pas des gens de Niamey. Pas des Africains".

"Leur 4X4 tournait autour du bar depuis au moins une heure", assure-t-il. "Des gens l'avaient déjà vu le week-end précédent dans un autre endroit de Niamey".

L'un des ravisseurs s'est posté à l'entrée du restaurant en plein air : "C'est vrai qu'ils étaient armés, mais pas en position de tirer, à part le type à l'entrée, avec son pistolet braqué vers le ciel. Les deux autres avaient une Kalachnikov suspendue à l'épaule".

Quand les ravisseurs se sont adressés à Antoine de Léocour et Vincent Delory, ces derniers ont appelé le patron français du bar, originaire de Toulouse, pour demander de l'aide : "Tout le monde a regardé la scène, en se demandant ce qui se passait. Tout le monde était ému. Personne n'a bougé", poursuit le témoin.

La scène lui semble durer plusieurs minutes, pendant lesquelles les deux Français résistent aux injonctions. "Lorsqu'ils ont obligé l'un des deux à se lever, celui-ci s'est rassis en leur disant : non, je reste là".

"Ils auraient pu être sauvés. Franchement, des costauds auraient pu désarmer les ravisseurs", enchaîne Malik, qui était lui-même seul à une table.

"J'ai pensé que c'était des militaires. A Arlit et Agadez, il y a plein d'hommes armés dans les restaurants", ajoute-t-il.

"Il y a un gars d'Agadez (nord du Niger) qui est parti à leur chasse en voiture, à bord de son 4X4 Toyota" et "les flics ont été appelés au moins 20 minutes après", souligne ce témoin qui fréquente le Niger depuis des années.

"Pour moi, ce ne sont pas de vrais professionnels. En agissant un vendredi soir, à 22H30, ils ont joué à quitte ou double. C'était sûr qu'ils allaient se faire choper à 100%", estime-t-il. "Je crois que c'était des gens qui voulaient de l'argent".