Mediator: Des plaintes déposées au pénal

JUSTICE Mais certains prônent un accord à l'amiable...

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Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France.
Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France. — AFP PHOTO/FRED TANNEAU

Le scandale de santé publique sur le médicament Mediator franchit mardi une nouvelle étape avec le dépôt à Paris de 110 plaintes, dont dix pour homicide, au tribunal de grande instance de Paris.

Destiné aux diabétiques en surpoids et largement détourné comme coupe-faim, le Médiator, commercialisé en France de 1976 à novembre 2009, pourrait être responsable de 500 à 2.000 décès

Les associations de défense de victimes du Médiator sont très partagées sur la stratégie à adopter pour obtenir réparation du laboratoire Servier, qui s'est déclaré lundi prêt à assumer sa responsabilité si elle est engagée. Evoquant le précédent de l'explosion de l'usine AZF de Total à Toulouse, l'Association française des diabétiques (AFD) réclame une négociation collective imposée par l'Etat, incluant Servier, assortie de la création d'un fonds d'indemnisation.

Un «accord amiable»?

Georges-Alexandre Imbert, président de l'Association d'aide aux victimes des accidents de médicaments, prône pour sa part un «accord amiable» avec le laboratoire, arguant que les procédures pénales durent des années sans garantie de victoire. «Aller au pénal pas la peine d'y penser», lance-t-il, évoquant «un non lieu» dans l'affaire des anti-cholestérols Staltor et Cholstat (respectivement Bayer et Fournier). M. Imbert, qui a contacté Servier, juge une procédure amiable possible avec le laboratoire, qui en a déjà accepté pour quelques dossiers de l'Isomédire (autre coupe-faim retiré du marché).

Servier est «prêt à assumer sa responsabilité si elle est engagée» dans l'affaire du Mediator, a affirmé lundi sur RTL, sans autres précisions, Lucy Vincent, chargée des relations extérieures du numéro deux français de l'industrie pharmaceutique.

L'UFC-Que Choisir, qui a décidé de porter plainte au pénal, alerte de son côté sur l'opacité des négociations à l'amiable. «Les victimes risquent de déchanter en découvrant ensuite qu'elles ont été spoliées, alors que, dans le cadre d'un fonds, cela se fera au vu et au su de tout le monde, dans la transparence», a déclaré à l'AFP son président Alain Bazot. L'association sera «vigilante» afin qu'il y ait «réparation intégrale du préjudice» et «simplification des démarches pour les victimes». L'UFC-Que Choisir s'oppose à l'attribution d'un forfait, qui ne permet pas une bonne indemnisation adaptée à chaque cas, a expliqué M. Bazot.

Un fond spécifique?

«Beaucoup de victimes veulent aller plus loin, au pénal et pas simplement recevoir un chèque», selon le Dr Dominique Michel Courtois, président de l'Association des victimes de l'isoméride et du Médiator (AVIM), qui devrait déposer mardi 110 plaintes, dont 10 liées à des décès, dans le cadre de l'affaire. «Mais si on peut obtenir un fonds spécifique dans lequel Servier ou sa compagnie d'assurance Axa sont prêts à financer, je suis partant. Ce n'est pas au contribuable de payer», ajoute le Dr Courtois, évoquant «500 plaintes en cours de finalisation».

Pour Jacques Le Disez, de l'association AFD, «c'est une décision politique». «Vu la gravité du problème, vu qu'il y a des responsabilités de la pharmacovigilance, l'Etat serait dans son rôle de prendre l'initiative d'une négociation collective, incluant Servier», déclare-t-il à l'AFP. Il s'agit, poursuit-il, d'établir «un fonds d'indemnisation alimenté par les responsables de cette catastrophe. Car, cette affaire, ce n'est pas la faute à pas de chance. Les responsabilités, il n'y a que la justice qui peut le déterminer de façon irréfutable».

L'AFD a réclamé, avec succès, que tous les patients qui ont pris du benfluorex (Médiator et ses génériques), largement détourné comme coupe-faim, soient pris en charge par l'Assurance maladie. Selon l'AFD, 600.000 personnes ayant pris du Médiator vont être suivies sur plusieurs années.