Moins de journalistes tués en 2010 mais plus de prises d'otages

© 2010 AFP
— 

Moins de journalistes ont été tués dans l'exercice de leurs fonctions en 2010 mais les prises d'otages sont en augmentation régulière depuis ces dernières années, un phénomène qui touche tous les continents, selon un bilan publié jeudi par Reporters sans frontières.

Ainsi, 57 journalistes sont morts en 2010 (contre 76 en 2009), 51 ont été enlevés (contre 33 l'année d'avant), 535 autres arrêtés, 1.374 ont été agressés ou menacés, tandis que 504 médias ont été censurés et 127 journalistes ont fui leur pays. Au cours de la dernière décennie, les trois pays les plus violents à l'encontre des journalistes ont été le Pakistan, l'Irak et le Mexique.

Les journalistes tués sont avant tout victimes de criminels et de trafiquants, relève l'organisation de défense de la presse.

"C'est la surprise", commente Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF. "Il y a eu moins de journalistes tués en zone de guerre que lors des années précédentes, il y en a eu moins en Somalie, moins en Irak que lors des années noires 2006-2007. On a le sentiment que, de plus en plus, les assassins de journalistes ne sont pas à chercher en zone de guerre mais dans des pays victimes de milices et de mafias", explique-t-il à l'AFP.

En 2010, des journalistes ont été tués dans 25 pays différents. Depuis que RSF établit son bilan, c’est la première fois qu’autant sont concernés.

L'année se démarque également par l'augmentation importante du nombre d'enlèvements: 29 cas en 2008, 33 en 2009, 51 en 2010. La prise d'otages des journalistes de France 3, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, ainsi que de leurs trois accompagnateurs afghans, il y a un an, est la plus longue de l'histoire du journaliste français depuis la fin des années 80, note l'ONG.

"Le phénomène existait, on se souvient notamment du Liban et de la prise d'otages des journalistes français dans les années 80, mais au début des années 2000 les enlèvements étaient devenus un fait mineur", constate M. Julliard.

Depuis la guerre en Irak, les prises d'otages "avec demandes de rançon ou revendications politiques ont repris et ne cessent de croître", ajoute-t-il. Le phénomène touche aujourd'hui tous les continents, notamment l'Afrique où la pratique n'était pas répandue mais devient un véritable moyen de pression.

Les journalistes sont utilisés comme monnaie d'échange, les kidnappings permettant aux ravisseurs de financer leurs activités criminelles.

S'agissant d'Internet, 152 blogueurs ont été arrêtés en 2010, 52 agressés et 62 pays sont touchés par la censure du net.

"Internet est aujourd'hui dans la ligne de mire des gouvernements répressifs, alors que jusqu'à récemment beaucoup de pays échappaient au phénomène, notamment le continent africain, en raison d'un accès relativement limité à internet", souligne encore M. Julliard. Pour lui, "d'ici un an ou deux il y aura plus de blogueurs en prison que de journalistes dits traditionnels".

Seul recours pour les professionnels menacés, l'exil. "Ca signifie que les ennemis de la liberté de la presse sont en train de gagner. On l'a vu avec l'Iran: la communauté internationale a eu beau mettre une pression terrible sur les autorités iraniennes, il y a aujourd'hui clairement moins de liberté d'expression qu'avant 2009 et la réélection d'Ahmadinejad", explique le responsable de RSF.