Des tentes d'Haïti à la neige de Noël, la vie de la petite Rose chamboulée en 24 heures

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"C'est un miracle qu'elle soit là" : Nadia Boulkessof n'en revient toujours pas de pouvoir enfin serrer dans ses bras la petite fille qu'elle a adoptée à Haïti, Rose-Dania, deux ans, arrivée mercredi de l'île ravagée par le séisme de janvier.

Dans la cuisine, c'est l'heure du petit-déjeuner. L'enfant se tortille sur sa chaise en grignotant consciencieusement une madeleine, dans son t-shirt décoré de petits coeurs, seulement intriguée par le bruit de la machine à expresso.

Mais Mme Boulkessof, 45 ans, ne la lâche pas, de peur qu'elle ne tombe de la chaise du bar: "elle n'a pas encore de siège bébé, tout est allé très vite", explique-t-elle.

Cette dernière a fait l'aller-retour pour Haïti entre mardi et mercredi. "On a été pris en charge de A à Z, ça a été super", raconte-t-elle, dans son vaste appartement du XVIe arrondissement de Paris où trône un gigantesque sapin de Noël.

Mais les choses sont allées si vite "que l'émotion n'a pas été aussi forte que si on avait pu passer plus de temps là-bas avec les enfants", dit Nadia, encore un peu déboussolée.

Rose "s'habitue bien", poursuit-elle, même si "au début elle a voulu sortir tout de suite dehors. Là-bas, elle vivait avec 35 enfants sous une tente".

Et elle "n'a jamais vraiment envie de dormir"...

La petite ne veut d'ailleurs pas coucher dans son lit, où siège déjà une ribambelle de peluches, mais sur un matelas par terre, comme elle le faisait depuis le séisme, qui a détruit en partie sa crèche.

"Comme ils les laissaient un peu livrés à eux-mêmes là-bas, elle est très autonome, veut s'habiller seule, manger seule et elle sait ce qu'elle veut", poursuit la chef d'entreprise. "Elle se lave même les cheveux toute seule en prenant son bain", ajoute, amusé, son compagnon, lui-même papa d'une petite fille de 11 ans.

"J'ai l'impression qu'elle a toujours vécu ici, on se comprend de façon instinctive, même quand elle parle créole", s'émerveille Nadia, tandis que la petite s'agite en l'appelant "maman".

Rose-Dania aurait dû venir en France il y a un an mais le séisme a tout stoppé. "Le dossier s'est perdu, il a fallu tout recommencer", se souvient Nadia, qui a dû, comme d'autres parents adoptants, batailler des mois pour faire venir les enfants, avant que tout ne se débloque soudainement avec l'arrivée de Michèle Alliot-Marie au Quai d'Orsay.

"C'est le jour et la nuit" depuis le départ de Bernard Kouchner, insiste Nadia.

Désormais, le couple va suivre le conseil des psychiatres et rester au calme. "Ce soir, ce sera un Noël tranquille, juste tous les trois. On le fêtera vraiment dimanche", explique la maman, lorsque la fille du compagnon de Nadia sera là elle aussi.

Rose-Dania est en bonne santé mais comme tous les enfants malnutris, elle a le ventre gonflé et mange tout ce qu'on lui présente.

Petite inquiétude ce matin, la petite fille n'arrive pas à se tenir debout et perd l'équilibre, peut-être en rapport avec son oreille droite qui semble infectée, diagnostique le compagnon de Nadia. Par prudence, elle va appeler l'un des numéros de médecins fournis par les autorités.