L'aide à domicile veut un soutien rapide avant la réforme de la dépendance

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Un an après avoir alerté sur leurs difficultés financières, les services d'aide à domicile, qui s'occupent notamment des personnes âgées, craignent que leur situation ne s'aggrave encore et exigent des mesures rapides, sans attendre la réforme de la dépendance.

Votée dans le budget 2011, la suppression de certaines exonérations de cotisations patronales est un nouveau coup dur pour les associations en charge de l'aide à domicile aux personnes âgées, handicapées ou aux familles.

Cette suppression "aura des répercussions sur le budget des associations en charge des publics fragiles", affirme la Fédération nationale des associations de l'Aide familiale populaire.

Les associations ont calculé que dès janvier 2011, la mesure entraînerait un surcoût des services de 10 à 15%, et à terme au moins 20.000 suppressions d'emploi et des liquidations judiciaires.

Car selon elles, les conseils généraux et les caisses d'allocations familiales (CAF), qui financent ces prestations, ne pourront pas compenser la hausse.

Fin 2009, elles avaient réclamé aux pouvoirs publics un fonds d'urgence de 100 millions d'euros, déplorant que les prestations d'aide à domicile ne soient plus prises en charge à la hauteur de leur coût par les financeurs (Etat, conseils généraux, assurance vieillesse, CAF, etc.).

"C'est le paradoxe hallucinant des pouvoirs publics, qui nous ont dit de professionnaliser (nos personnels) et qui maintenant disent que l'on coûte trop cher", tempête Hugues Vidor, à la tête de la fédération Adessa A Domicile.

Selon lui, "depuis un an, on n'a rien vu, on ne nous répond rien sur nos demandes".

L'ex-secrétaire d'Etat aux Aînés Nora Berra avait en effet dit non au fonds d'urgence, précisant que la question des services à domicile serait abordée lors de la réforme de la dépendance, qui doit débuter par une vaste concertation entre janvier et juin.

La ministre des Solidarités Roselyne Bachelot, en charge de cette réforme, a promis des arbitrages pour l'été et des mesures dans le projet de budget de la Sécu pour 2012, tout en laissant entendre que, s'il fallait des mesures de plus grande ampleur, elles pourraient n'intervenir qu'après la présidentielle.

Mais pour les services d'aide à domicile, il y a urgence. "Le système est en train de s'écrouler", s'alarme le président de l'Union nationale de l'aide, des soins et des services à domicile (UNA) André Flageul. "Des associations vont fermer", insiste M. Vidor, d'Adessa.

Un point de vue partagé par l'Assemblée des départements de France (ADF): "l'aide à domicile n'attendra pas deux ans", prévient Luc Broussy, vice-président de sa commission sociale.

Du coup, André Flageul s'inquiète que "l'on nous renvoie au grand soir du cinquième risque (ou réforme de la dépendance, ndlr) en nous disant que tout sera réglé" à ce moment-là.

L'ADF a fait des propositions pour régler une partie des problèmes financiers de l'aide à domicile qu'elle espère reprises rapidement par le gouvernement.

Dans l'entourage de Mme Bachelot, on rappelle que l'Inspection générale des affaires sociales doit rendre un rapport sur ce thème "dans les semaines qui viennent".

"On se mettra autour de la table avec toutes les propositions pour voir comment apporter une réponse pérenne" et ce, "le plus rapidement possible", ajoute-t-on, précisant que c'est un débat "un peu différent de celui sur la dépendance".

Mais "la question de l'offre de services à domicile pour les personnes âgées sera abordée dans le débat sur la dépendance", précise le cabinet de la ministre.