Transfert d'une militante en Espagne: levée de boucliers au Pays basque

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Une levée de boucliers a accueilli, vendredi au Pays basque français, la perspective d'un transfert en Espagne d'une jeune militante française du parti indépendantiste Batasuna, Aurore Martin, après l'annonce du rejet de son pourvoi en cassation.

La Cour de cassation a rejeté jeudi le pourvoi formé par la militante, âgée de 31 ans, après la validation par la Cour d'appel de Pau, le 23 novembre, du mandat d'arrêt européen émis émis à son encontre par Madrid pour "participation à une organisation terroriste".

Son transfert avait été accepté au regard d'activités politiques menées en 2008 par Aurore Martin en Espagne, au titre de son appartenance à Batasuna, un parti autorisé en France mais interdit en Espagne pour ses liens présumés avec l'organisation indépendantiste armée ETA.

Le déroulement de la procédure judiciaire européenne, avec le transfert désormais possible à tout moment d'Aurore Martin, restée en liberté sous contrôle judiciaire, a suscité des réactions d'indignation bien au-delà du cercle des partis autonomistes, associations et militants basques.

Une grande partie des formations politiques nationales de gauche ou du centre - PS, PC, NPA, Parti de gauche, Modem -, s'étaient déjà exprimées pour s'inquiéter d'une utilisation "politique" du mandat d'arrêt européen, soulignant qu'Aurore Martin n'est poursuivie par Madrid que pour sa participation à des réunions publiques et pour des écrits politiques.

Vendredi, c'est pour la première fois un élu de l'UMP, Max Brisson, conseiller général des Pyrénées-Atlantiques, qui a rejoint les contestataires en s'élevant contre "l'extradition pour ses opinions politiques" de la militante basque.

"Je n'accepte pas que son parti, Batasuna, ne condamne pas sans réserve la violence et le terrorisme", a assuré M. Brisson dans une "déclaration" au conseil général, "mais je n'accepte pas davantage qu'une jeune française soit extradée pour ses convictions politiques et son appartenance à un parti qui n'est pas interdit en France".

Le ton est également monté parmi les principales organisations de défense des droits de l'Homme, qui avaient toutes pris fait et cause pour Aurore Martin dès l'annonce de la procédure engagée à son encontre.

Ainsi, le Collectif des droits de l'Homme du Pays basque (CDHPB), qui a dénoncé une décision "aberrante", estimant que "la France accepte donc sans état d’âme le transfert d’une ressortissante vers l’Espagne où elle risque d’être incarcérée, dans les conditions particulièrement odieuses que l’on connaît, pour avoir participé à des prises de parole politiques en public".

"Il est loin, poursuit le CDHPB, le temps où la France, terre d’asile, accueillait tous ceux qui dans leur patrie étaient menacés".

Une liste d'élus "qui soutiennent Aurore Martin", comportant 175 noms, a été distribuée lors d'une manifestation de soutien qui a rassemblé environ 2.000 personnes à Bayonne le 4 décembre.

Parmi les signataires se trouvent le député (Modem) Jean Lassalle des Pyrénées-Atlantiques, le sénateur-maire (Modem) de Biarritz Didier Borotra, le député européen Europe-Ecologie José Bové et une liste de conseillers généraux, maires et de conseillers municipaux du Pays basque.

Des textes de soutien ont été publiés par Batasuna, les partis autonomistes Abertzaleen Batasuna (AB) et Eusko Alkartasuna (EA), le mouvement de jeunesse indépendantiste Segi, mais aussi par Europe-Ecologie Aquitaine, le Nouveau Parti anti-capitaliste (NPA) le PCF et le PS local qui a "déploré" la procédure en cours.