Procès de la dictature chilienne: condamnations de 15 ans à la perpétuité

© 2010 AFP

— 

Devant un box d'accusés vide, la cour d'assises de Paris a symboliquement prononcé vendredi de lourdes condamnations, allant jusqu'à la perpétuité, contre d'ex-hiérarques de la dictature chilienne et un Argentin jugés pour les disparitions de quatre Français ou Franco-Chiliens sous le régime Pinochet.

Les peines de réclusion criminelle à perpétuité visent Juan Manuel Guillermo Contreras Sepulveda, 81 ans, et Pedro Octavio Espinoza Bravo, 78 ans, anciens responsables de la Dina, police secrète de la dictature chilienne.

Des peines de 15, 20, 25 et 30 ans de réclusion ont été prononcées à l'encontre de 11 autres accusés, dont un Argentin, tous anciens hauts gradés chiliens à l'exception d'un civil. Ils étaient jugés pour "arrestations, enlèvements, séquestrations arbitraires avec torture ou actes de barbarie" ou complicité.

Après dix jours de procès qui ont permis aux proches des disparus de livrer des témoignages bouleversants sur leur vie amputée par ce drame, le verdict a été accueilli par des applaudissements de la salle, où nombre d'entre eux étaient présents.

La cour d'assises de Paris a par ailleurs acquitté l'un des 14 accusés. Ces condamnations vont au-delà des réquisitions prononcées dans la matinée par le ministère public qui n'avaient pas excédé 20 années de réclusion pour "tenir compte des peines encourues au Chili".

Fait rare, le procureur général de Paris en personne, François Falletti, avait tenu à prendre la parole pour insister sur "l'importance" de la tenue en France de ce procès, 37 ans après les faits au Chili. Un procès "indispensable" pour "se souvenir" et lancer un "message clair": de tels crimes doivent "donner lieu à des poursuites, quel que soit le temps, quel que soit l'espace".

Georges Klein, médecin et conseiller de Salvador Allende, fut arrêté à Santiago en septembre 1973, tout comme l'ancien prêtre Etienne Pesle, enlevé dans le sud du pays; Alphonse Chanfreau et Jean-Yves Claudet-Fernandez, deux membres du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR), ont disparu l'un en 1974, l'autre en 1975.

Les quatre corps n'ont jamais été retrouvés.

Le verdict de la justice française a surtout valeur de symbole et n'a quasiment aucune chance d'être exécuté sauf si les accusés, sous mandat d'arrêt international depuis plusieurs années, sortent de leur pays et sont arrêtés à l'étranger. Un nouveau procès devrait alors se tenir.

L'organisation en France de cette audience était d'ailleurs plus importante que les condamnations elles-mêmes, aux yeux de Roberto Pesle, fils d'Etienne: "Ca nous a beaucoup apporté, ça a rendu à mon père un peu de ses droits et contribué à établir la réalité des faits. Les peines ne seront jamais suffisantes".

Elles peuvent néanmoins "servir d'exemple aux autres dictateurs et aux autres militaires qui sont protégés par la loi (...). Au Chili il y a encore un travail à faire et ça, ça va donner un élan pour continuer", a réagi Denis Chanfreau, soeur d'Alphonse Chanfreau, après le verdict.

"Ces condamnés sont mis au banc de l'humanité jusqu'à la fin de leur vie", s'est félicité l'avocat, Me William Bourdon.

Certains de ces condamnés, comme le général Manuel Contreras, ont déjà été condamnés au Chili pour des crimes commis durant la dictature et sont actuellement détenus.

Augusto Pinochet, au pouvoir de 1973 à 1990, avait été mis en examen dans cette procédure française mais sa mort, en décembre 2006, a éteint l'action judiciaire à son encontre. Il n'a jamais eu à répondre en justice des crimes commis sous sa dictature.