Un homme de 43 ans meurt à Marseille après avoir reçu un tir de flash-ball

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Le résident d'un foyer de Marseille victime d'un arrêt cardiaque dimanche après avoir reçu un tir de flash-ball d'un policier, est mort lundi matin, un décès dont l'enquête devra déterminer s'il peut être lié à l'usage d'une arme régulièrement critiquée.

L'homme, un Algérien de 43 ans, qui était plongé dans le coma, est décédé "en fin de matinée" à l'hôpital militaire Laveran, a annoncé à l'AFP Jean-Jacques Fagni, procureur de la République adjoint de Marseille.

Une autopsie doit avoir lieu "le plus rapidement possible", a priori lundi en fin d'après-midi, pour rechercher les causes de sa mort, a-t-il précisé, ajoutant qu'il ne disposait pas à ce stade de "plus d'éléments sur les circonstances d'usage du Flash-Ball".

Les faits se sont déroulés dimanche après-midi dans un studio d'un foyer de travailleurs situé dans le 15e arrondissement.

La victime, connue des services de police pour de petits délits, blesse au couteau un colocataire. Appelée sur place, une patrouille de trois policiers intervient.

A leur arrivée, l'homme a "une attitude extrêmement violente à leur égard", blessant l'un d'eux en jetant une grande tasse sur son crâne, selon le directeur départemental de la sécurité publique, Pascal Lalle.

Le policier riposte alors par un tir de flash-ball qui atteint l'homme au thorax. Une fois maîtrisé, il est victime d'un arrêt cardio-ventilatoire avant d'être ranimé par les marins-pompiers.

L'agent blessé a été hospitalisé et s'est vu poser quatre points de suture. Aucune mesure coercitive n'a été prise à son encontre.

Une enquête a été confiée à l'Inspection générale de la police nationale.

Selon les premières auditions effectuées par la Sûreté départementale, l'homme semblait en état de démence et allait lancer un autre objet quand le policier a tiré.

Le Flash-Ball, marque commerciale déposée par la société stéphanoise Verney-Carron, fait partie des armes "gomme-cogne". Arme de 4e catégorie, elle tire des balles de caoutchouc non perforantes et provoque l'équivalent d'un KO, selon son fabricant.

Les gomme-cogne sont régulièrement critiqués pour avoir provoqué des blessures graves à la tête.

Le PCF a demandé "un moratoire de toute urgence". La Ligue des droits de l'homme (LDH) départementale a posé "la question de son interdiction", tout comme Europe Ecologie Les Verts qui "demandent l'interdiction de l'usage de ces nouvelles armes inadaptées aux interventions policières (...) et sources de bavures policières" ainsi que le NPA qui, reprenant le terme "bavure", demande de "mettre fin immédiatement à l'utilisation du Flash-Ball et du Taser par la police".

Amnesty International France s'alarme aussi des décès survenus à la suite de "l'utilisation d'armes dites à létalité réduite" et "demande un plus grand encadrement des forces de police".

Et pour le PS, Julien Dray estime que "la mort survenue à Marseille (...) confirme le caractère dangereux de cette arme" et en a demandé la suspension.

Dimanche, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, avait appelé "à la plus grande prudence". "J'ai encore en mémoire ce qui s'est produit il y a quelques jours: une personne qu'on avait présentée comme (...) ayant décédé des conséquences d'un tir de (Taser), (...) l'analyse médicale a montré que très certainement cela n'était pas le cas", a-t-il dit.

Un Malien sans papier était décédé le 30 novembre peu de temps après avoir reçu deux décharges de Taser lors de son interpellation à Colombes (Hauts-de-Seine). Selon les premiers éléments de l'autopsie, il est mort d'une asphyxie.