Calvaire de Sabrina: perpétuité requise pour des "méthodes de nazis"

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"Torture", "barbarie", "méthodes de nazis" dans un "camp de la mort" : l'avocat général n'a pas hésité à évoquer l'extrême vendredi pour demander aux jurés des assises de Seine-et-Marne de condamner à la perpétuité les deux principaux accusés dans le procès sur le calvaire de Sabrina.

Au terme d'un réquisitoire de quatre heures, l'avocat général Edmond Stenger a demandé 6 à 8 ans de prison et 18 à 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre des parents de Sabrina, Daniel et Denise Moreau, accusés d'avoir vendu leur fille contre une remise sur l'achat d'une voiturette.

Mais le représentant du parquet s'est surtout concentré sur le couple au centre du procès, Franck Franoux et Florence Carrasco, qui auraient fait de Sabrina leur esclave et leur souffre-douleur, violée, torturée, entre 2003 et 2006, dans le campement de caravanes de Bois Fleuri à Claye-Souilly, au bord de la RN 3.

"Attirer, séduire, rendre dépendant, les affamer, prendre leurs revenus, les mêmes méthodes qu'utilisaient les nazis", a assuré Edmond Stenger. Les faits "ne se déroulent pas sur une autre planète, nous avons un camp de la mort, un camp de torture, à 25 kilomètres de Paris, qu'on ne veut pas voir, que les responsables ne voient pas."

Sabrina n'a pas été la seule victime dans ce campement. Jean-Luc, 56 ans, y a été prisonnier durant un an. Maurice, 58 ans, y a subi le même calvaire que la jeune femme durant trois ans.

Depuis quatre semaines de procès, "nous sommes plongés dans les hurlements sinistres de la douleur", "on est dans la torture, dans l'acte de barbarie", a estimé M. Stenger. "Ce n'est pas le procès de la pauvreté mais de l'inhumanité".

Les victimes "n'existaient plus. Pas de nom ou un faux nom, un matricule et un matricule seulement", a-t-il lancé, se tournant vers Franck Franoux: "S'il y a un principal coupable, c'est vous". "Avec vous tout s'est passé" et "tout a été possible".

Concernant Florence Carrasco, qui a fait un malaise durant le réquisitoire, évacuée avant de revenir 15 minutes plus tard, M. Stenger a dénoncé sa "responsabilité entière", avec une "volonté de faire disparaître".

L'avocat général s'en est également pris aux "nombreux dysfonctionnements" des "hôpitaux, des services sociaux" ou des "forces de l'ordre", qui n'auraient pas "appréhendé la gravité des faits", ce qui aurait "permis de libérer les victimes plus tôt".

"Cela me révolte!", a dit M. Stenger qui a demandé une peine de 18 à 20 ans de réclusion criminelle contre le père, "totalement responsable", et 6 à 8 ans de prison contre la mère, dont le jugement a été estimé "un peu diminué". Il a également exprimé son "admiration" à Sabrina pour "être restée débout, verticale, face à ses bourreaux, voleurs d'humanité."

Concernant les huit autres accusés, quatre hommes et quatre femmes, l'avocat général a requis des peines allant de un an à deux ans de prison avec sursis et jusqu'à 15 ans de réclusion criminelle pour deux d'entre eux.

"Tous ces gens-là ont vu, ont su et ils n'ont rien fait", "comment des êtres humains sont capables de ça?", avait demandé mercredi Me Christine Daveau, avocate de Sabrina, lors de sa plaidoirie, en s'adressant aux douze accusés.