Pierre Mauroy en correctionnelle à Lille pour une affaire d'emploi fictif présumé

© 2010 AFP

— 

Après dix ans d'aléas judiciaires, l'ancien Premier ministre socialiste Pierre Mauroy comparaît vendredi devant le tribunal correctionnel de Lille pour répondre de l'emploi fictif présumé de Lyne Cohen-Solal à la communauté urbaine de la métropole nordiste en 1992.

A 82 ans, l'emblématique chef de gouvernement de l'Union de la gauche entre 1981 et 1984, qui ne détient plus aujourd'hui qu'un mandat de sénateur, est renvoyé pour "abus de confiance".

Il est soupçonné d'avoir fait bénéficier Lyne Cohen-Solal - actuellement adjointe au maire PS de Paris - d'un emploi fictif d'attachée de presse de la communauté urbaine de Lille pendant dix mois, alors qu'elle était également rédactrice en chef de l'hebdomadaire socialiste Vendredi. Lyne Cohen-Solal est jugée à ses côtés pour "recel d'abus de confiance". L'ancien directeur de cabinet de M. Mauroy à la communauté urbaine, Bernard Masset, comparaît lui, pour "complicité d'abus de confiance".

Leur renvoi en correctionnelle, annoncé en mai malgré le non-lieu général requis en octobre 2009, conclut une longue procédure, issue d'une plainte en juin 2000 d'Eric Darques, ancien élu local de la ville de Lambersart, dans l'agglomération lilloise.

Clôturant une première instruction, la Cour de cassation avait jugé le 8 février 2006 les faits non prescrits, entraînant la décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Amiens d'ouvrir une nouvelle information judiciaire. La deuxième procédure avait débouché sur la mise en examen des intéressés en juin 2008 pour "détournement de fonds publics" - 19.000 euros au total - avant la requalification des faits en simple "abus de confiance".

M. Mauroy avait affirmé à l'époque de sa mise en examen que Lyne Cohen-Solal avait "parfaitement rempli sa mission" de promotion de la métropole lilloise et que sa "faible rémunération (...) n'avait pas été usurpée".

MM. Mauroy et Masset encourent trois ans de prison, Lyne Cohen-Solal cinq ans de détention.

L'avocat de l'ex-Premier ministre, Me Jacky Durand se déclare "optimiste" sur l'issue du procès, dès lors que le parquet lui-même a relevé dans ses conclusion qu'il n'y avait "pas matière à la moindre condamnation" pour les trois prévenus.

L'ex-Premier ministre, "fatigué, est miné par cette affaire et se présente à l'audience avec beaucoup de réticence. Il est temps que cela finisse", a souligné l'avocat.

La défense a fait valoir que cette affaire avait été déclenchée au moment du dépôt d'une plainte de Mme Cohen-Solal contre son adversaire électoral Jean Tibéri, député-maire UMP du Ve arrondissement, pour une affaire de faux électeurs. Elle s'était soldée par la condamnation de l'ex-maire de Paris en juin 2009 à dix mois de prison avec sursis et trois ans d'inégibilité.

M. Mauroy n'a plus de mandats locaux depuis qu'il a laissé en avril 2008 la présidence de la communauté urbaine de Lille à Martine Aubry après 19 ans d'exercice, à l'issue des dernières élections municipales. Il a aussi occupé le fauteuil de maire de Lille pendant 28 ans. Il ne sera pas candidat au renouvellement de son mandat de sénateur qui arrive à échéance en 2011.