La presse française condamne les révélations de Wikileaks

DIPLOMATIE Rare sont les quotidiens qui saluent l'opération...

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N.KAMM / AFP

Du Figaro à Libération, de La Croix à la plupart des titres de la presse quotidienne de province, la divulgation de télégrammes diplomatiques du Département d'Etat américain est condamnée sans ambiguïté.

«Acte de malveillance caractérisé»

Rares, en effet, sont les journaux qui, comme Les Dernières Nouvelles d'Alsace sous la plume d'Olivier Picard, écrit que «les fuites de WikiLeaks, pourtant, concourent aussi à la dignité de notre condition». «C'est une dimension de l’affranchissement des hommes à l’égard des pouvoirs. Un élan irrépressible pour résister à l’aliénation des consciences. Une résistance aux multiples tentatives de manipulation par les gouvernants», y voit le quotidien de l'est de la France.

En revanche, la condamnation est totale au Figaro, où Pierre Rousselin écrit qu'il s'agit d'un «acte de malveillance caractérisée (...) un exhibitionnisme inquiétant». «Une fois de plus, les ayatollahs de la transparence s’égarent et trompent leur monde», regrette le quotidien conservateur.

Laurent Joffrin pense, pour sa part, dans Libération que «dans un monde traversé par des conflits violents, un Etat (...) a le droit de conserver ses secrets de défense, de discuter avec ses alliés ou ses adversaires dans la discrétion et même de monter certaines opérations spéciales».

Car, souligne Dominique Quinio (La Croix), «le secret n'est pas, par essence, maléfique. Seul l'usage qui en est fait peut être dévoyé. La transparence absolue est un leurre», estime le quotidien catholique.

«La transparence ne pourra qu'y perdre»

Gérard Noël (Vosges Matin), parle carrément de «documents de forbans» et prévient que «la transparence absolue peut vite basculer vers le totalitarisme», tandis que dans L'Est Républicain, Rémi Godeau estime que «les nouvelles technologies menacent de tuer» (le secret) menant peut être à «une transparence despotique».

D'ailleurs, se désole Jean Levallois (La Presse de la Manche) «la transparence ne pourra qu'y perdre» car «à l'avenir, les échanges seront encore plus secrets entre les diplomates». Le Républicain Lorrain (Philippe Waucampt) va dans le même sens: «Cela privera désormais les dirigeants des grandes démocraties d'un élément capital d'aide à la décision.»

Dans La République des Pyrénées, Jean-Marcel Bouguereau estime qu'on apprend «rien qui ne puisse être le résultat du travail analytique d'un bon journaliste». Ce qui fait dire à Michel lépinay dans Paris Normandie (Michel Lepinay) que «tout cela est de peu d'intérêt».

Il s'agit pourtant, selon Laurent Marchand, de Ouest-France, d'une «cyber-attaque en règle, une attaque asymétrique qui laisse pantois, puisque la première puissance militaire et technologique du globe n'est pas en mesure de préserver ses propres documents».