Mort d'un bébé oublié dans une voiture: la mère coupable mais dispensée de peine

© 2010 AFP

— 

Juger sans accabler, sans ajouter de sanction à une inconsolable douleur: le tribunal correctionnel de Créteil a dispensé de peine vendredi une femme reconnue coupable d'avoir causé involontairement la mort de sa fillette de 18 mois en l'oubliant dans sa voiture.

Dans des cas similaires, la justice avait à plusieurs reprises prononcé des peines d'emprisonnement avec sursis.

Enserrée dans son malheur, cette mère de famille de 37 ans a été sa plus sévère juge. "Pour moi, je suis responsable, il n'y a pas d'autres responsables (...) Je n'ai pas voulu la mettre en danger et pourtant je l'ai fait", dit-elle à l'audience, silhouette fragile soutenue à bout de bras par son mari, brigadier de police.

Patiemment, la présidente du tribunal Michelle Jouhaud tente de comprendre, de retracer l'enchaînement des faits. "Le tribunal a conscience que ça peut raviver votre douleur", indique-t-elle en préalable.

Le 4 juin dernier, quand des passants découvrent le corps inanimé de la petite Maxine dans une voiture à Arcueil (Val-de-Marne), sa mère panique, n'arrive pas à y croire.

Arrivée sur les lieux, elle devra subir les cris de "mère indigne" et les appels au "rétablissement de la peine de mort", selon son avocat.

Employée dans un bâtiment voisin chez France Telecom, la jeune femme est persuadée d'avoir, comme tous les jours, déposé la plus jeune de ses quatre filles chez sa nourrice plusieurs heures auparavant.

"Je me suis garée (devant chez la nourrice, ndlr), je suis sortie de ma voiture. Maxine était habillée d'une petite robe d'été, elle avait elle-même enlevé ses sandales, je l'ai aidée à les remettre", dit la prévenue.

Les souvenirs précis s'arrêtent là. "C'est là que vous avez eu un trou noir", reprend la présidente.

Elle repart ensuite vers son lieu de travail, conduit pendant plus d'une demi-heure, sans douter un instant que sa fille est encore à l'arrière. "Je n'ai jamais su qu'elle était là, je croyais être seule pendant tout le trajet", raconte-t-elle.

Quand elle sort de son véhicule, elle n'aperçoit que le bord du siège-bébé, déplacé, par un malheureux hasard, derrière le conducteur quelques jours auparavant.

Reste "la" question : comment expliquer un tel oubli? "Il y a eu une brisure du rythme" chez cette famille nombreuse où chaque geste était minuté, avance la présidente.

La veille du drame, jusqu'à 02H00 du matin, les parents étaient à l'hôpital au chevet d'une de leurs filles, terrifiés à l'idée qu'elle pourrait être atteinte de leucémie comme une de ses soeurs. "On avait peur, on ne savait pas", dit la prévenue.

Le lendemain, le couple, exténué, décide de laisser deux de leurs filles sous la surveillance de leur soeur aînée dans la maison familiale à Brétigny-sur-Orge (Essonne). "J'étais préoccupée d'avoir laissé mes filles (...) Je me disais que Maxine, c'était elle qui était le plus en sécurité chez sa nourrice".

Perfectionniste et dévouée, cette cadre informatique était par ailleurs en butte à des tracas professionnels.

Son refus d'accepter de nouvelles responsabilités chez France Telecom pour s'occuper de sa famille est mal passé. Sa mission n'a pas été renouvelée. "Je trouvais ça injuste qu'on me sanctionne", dit-elle. Le 4 juin était son dernier jour dans l'entreprise.

Cette mère de famille a commis "une faute d'inattention" mais "la justice doit se montrer humaine", a convenu la substitut du procureur Aude Duret. "L'auteur (des faits, ndlr) est aussi indirectement la victime".